Des matrones aux sages-femmes.2

2. Catherine Beaussier, sage-femme assermentée de la paroisse Saint Médard, à Cheviré-le-Rouge, entre 1692 et 1703 …

C’’est à la lecture des registres paroissiaux de Cheviré, entre 1692 et 1703, que nous avons découvert l’existence de Catherine Beaussier, tantôt comme  sage-femme, tantôt comme matrone, à la paroisse Saint Médard. Elle n’était pas seule à y exercer, et nous avons aussi trouvé mention de Jacquine Richard, matrone, dans les registres paroissiaux, en 1696.

Pour commencer, qui est Catherine Beaussier ?

Catherine est notre,  lointaine, tante …

En effet, elle est la fille de nos ancêtres Mathurin Beaussier et Jeanne Gazeau. Elle nait à Cheviré le Rouge le 10 novembre 1646. C’est la troisième de leurs neuf enfants, et la grande sœur de François, qui continuera notre lignée, après avoir épousé Jeanne Leseigneur en 1692. 

Nous n’avons pas trouvé trace de son acte de mariage à Cheviré, mais elle doit avoir une vingtaine d’années lorsqu’elle épouse vers 1666 Mathieu Boussin, âgé de 28 ans,  closier à la Mulotière, un peu à l’est de Cheviré le Rouge, vers Baugé (voir sur la carte de Cassini).

Au 17ème siècle, en Anjou, le closier exploitait une petite propriété agricole, de moins de 20 hectares, le plus souvent entre 5 et 10, entourée de haies ou de clôtures, d’où le nom de « closerie », soit prise à moitié, le bail prévoyant généralement la location des bestiaux, soit le plus souvent affermée. C’est un paysan économiquement dépendant du propriétaire, surtout dans le cas d’un bail à moitié, ou de tel ou tel laboureur voisin auquel il doit recourir pour lui louer son attelage  … (voir la page « Marchands, Fermiers, Laboureurs » dans notre rubrique « Métiers »)

A la Mulotière, la petite famille vit probablement dans « une modeste chaumière d’une pièce surmontée d’un grenier, flanquée d’une étable et d’un toit à porc, le tout entouré d’un petit jardin ; à l’intérieur, dans la chambre, un ou deux bois de lit garnis de paillasses et de couettes de plumes d’oie, un ou deux coffres, une huche, une mauvaise table et deux bancs, de la vaisselle de terre, de rares ustensiles de cuisine ; dans les coffres, quelques hardes, deux ou trois paires de drap, rarement plus, quelquefois moins … » (selon F. Lebrun, dans « Les hommes et la mort en Anjou aux 17 et 18èmes siècles », p. 164).

Ils vont avoir trois enfants : d’abord Julienne (1668-1700), puis Jacques (1670-1709) et Catherine (1672 -1730). Mais Mathieu meurt le 26 juin 1672, à 34 ans, trois mois avant la naissance de leur dernière fille, mettant fin à la série … Et Catherine ne se remariera pas.

La Mulotière, à Cheviré le Rouge, n’est pas bien loin d’Haupignelle, où nos Beaussier sont métayers de père en fils. Il est donc fort probable qu’après la mort brutale et inattendue de  son époux, parents et fratrie la soutiennent,  en particulier sa sœur ainée, Jeanne, dont elle est la marraine de deux de ses filles.

Catherine est citée une vingtaine de fois comme sage-femme de la paroisse Saint Médard, à Cheviré le Rouge, dans le registre paroissial des baptêmes-mariages-sépultures, entre 1692 et 1703.

Elle meurt à un âge avancé pour l’époque, le 16 octobre 1709, dans sa soixante-troisième année, à la Morinière, « proche des Pignelles ». Elle a déjà enterré sa fille ainée, Julienne, âgée de trente-et-un ans, le 21 avril 1700 ; puis son fils Jacques, âgé de trente-huit ans, le 9 Janvier 1709 ; ainsi que trois petits-enfants.

A cette époque, les Beaussier sont nombreux à Cheviré. Nous avons trouvé soixante et onze petits-enfants à Mathurin et Jeanne Gazeau, et nous verrons que nombre des cousines ou des nièces de Catherine, par le sang ou par alliance, vont  bénéficier de ses bons soins, pendant cette dizaine d’année

Carte des environs de Cheviré le Rouge

Catherine prête serment …

Veuve, mère de famille, ses enfants devenus grands lui laissant un peu plus de temps libre, bientôt grand-mère de huit petits-enfants, bonne chrétienne assurément, Catherine a le profil idéal pour être choisie par le curé de Saint Médard comme matrone de la paroisse.

Un beau jour donc, un dimanche matin probablement, avant la grand-messe, vêtue de ses plus beaux atours, sous le regard ému de la nombreuse famille des Beaussier rassemblée, elle se retrouve dans le chœur de l’église de Saint Médard, face au curé, assisté du Notaire Royal venu de Baugé et de quelques notabilités morales de la paroisse, pour prêter le serment requis.

Agenouillée face à l’autel, la main droite sur les Saints Evangiles, elle répète mot à mot après le curé (elle ne sait pas lire, ni écrire), la gorge nouée, les mots sacrés qu’elle ne comprend pas toujours, mais qui l’engagent pour le meilleur, et pour le pire … comme on le verra.

Elle promet « d’assister de nuit et de jour, dans leurs couches, les femmes pauvres ou riches qui auront recours à moi ».

Elle promet d’apporter tous ses soins « pour empêcher qu’il n’arrive aucun accident à la mère ni à l’enfant, et si je prévois quelque danger, j’appellerai des médecins, des chirurgiens ou des femmes expérimentées … ».

Elle promet au curé « de l’avertir de la naissance des enfants et de n’en baptiser aucun, hors le cas de nécessité « …

Enfin, Catherine le jure  devant Dieu et le promet sur les Saints Evangiles …

C’est fait … la voilà maintenant sage-femme assermentée de la paroisse !

Et au travail …

Angélique du Coudray, on l’a vu, ne viendra à Angers enseigner l’art de l’obstétrique aux sages-femmes des campagnes d’Anjou que 60 ans plus tard, et il va bien falloir que Catherine se débrouille de son mieux. C’est aussi pour cela qu’elle a été choisie …

Pour une sage-femme, à Cheviré, la charge de travail n’était cependant pas excessive : nous avons compté en moyenne une cinquantaine de naissances par an pendant cette période (soit une par semaine), avec une mortalité infantile, considérable, de quarante enfants pour cent naissances, dont près de la moitié dans les premières semaines suivant l’accouchement…

La lecture des registres paroissiaux permet de remarquer que la majorité des accouchements à Cheviré se passait sans grands problèmes. D’ailleurs, la sage-femme n’assistait pas toutes les parturientes, quelques une accouchant seules à la maison … Peut-être Catherine était-elle prévenue un peu tard et n’arrivait-elle que pour accompagner le nouveau-né à l’église ? …

Ainsi Catherine devait-elle être disponible, pour être présente au domicile des accouchées, de jour comme pendant la nuit, dans des conditions matérielles et d’hygiène des plus précaires, avec pour toute rémunération le couvert, voire le gîte selon les nécessités… 

Et en l’absence de la sage-femme, la future mère ne pouvait compter que sur l’assistance de voisines, voire -par défaut- celle de son mari, ce qui n’allait pas toujours de soi, on le verra …

Les complications obstétricales m’ont semblé très rares : elles ne concernent que deux à trois naissances par an, ce qui n’est guère supérieur à ce qui se passe de nos jours. Nous en avons connaissance parce qu’elles vont rendre problématique l’essentiel de la naissance, pour l’Eglise, le baptême …

Mais avant d’y venir en détail, un petit rappel sur le baptême et ses modalités est nécessaire pour mieux en comprendre ses « aménagements » au fil du temps (notion de péril imminent, ondoiement, baptême sous condition …) …

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A suivre, le prochain épisode de « Matrones et Sages-Femmes », 

« 3 – Le baptême pour les nuls … »,

dans notre prochaine Lettre de nouvelles …

Une réflexion sur “Des matrones aux sages-femmes.2”

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