Des matrones aux sages-femmes.3
3. Tout sur le baptême au XVII ème siècle…
Vous vous rappelez comment Catherine a promis d’avertir le curé, le plus tôt qu’il lui sera possible, de la naissance des enfants, de n’en baptiser aucun, hors le cas de nécessité, et de présenter elle-même au baptême les enfants qu’elle aura fait naître …
Mais pourquoi le baptême était-il si important à cette époque ?
Il nous parait nécessaire d’en rappeler les modalités : « le baptême pour les nuls« ,
pour comprendre comment son application a été à l’origine de dérives : « le baptême à tout prix« …
3.1 Le baptême pour les nuls
Pourquoi baptiser ?
Les règles fondamentales du baptême catholique :
- Ne peut être baptisé qu’un être humain, vivant.
- On ne peut être baptisé qu’une fois.
- Les cérémonies du baptême ne peuvent se dérouler qu’à l’église, et sont administrées par un prêtre. Elles comprennent une vingtaine d’étapes successives, dont l’essentielle est le versement de l’eau sur le front de l’enfant, en prononçant les paroles rituelles : « x, je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ».
- Cependant le baptême au lieu de la naissance du nouveau-né est exceptionnellement permis, mais à certaines conditions (ondoiement etc …)
Comment cela se passe, en pratique ?
1. Le plus souvent, l’enfant à la naissance est vivant et bien portant. Il doit alors être amené le plus rapidement possible à l’église par la sage-femme et le père (au plus tard dans les vingt-quatre heures) pour y recevoir les cérémonies du baptême. Notons que cette urgence à baptiser, obligeant l’enfant tout juste né à être porté sur les fonts baptismaux, à l’église, souvent loin, par tous les temps, été comme hiver … n’était certainement pas sans conséquences sur la mortalité néo-natale !
2. Si l’accouchement se déroule mal, ou si l’enfant semble « en péril de mort imminente », et que la sage-femme n’a pas le temps de l’amener à l’église pour y recevoir le baptême, il doit être immédiatement baptisé ou ondoyé (l’ondoiement est l’action de verser de l’eau), en versant l’eau et prononçant les paroles rituelles (voire même in utero, avec un clystère ad hoc, en s’assurant bien que l’eau ait touché le corps de l’enfant…).
3. Si l’enfant ne survit pas, et qu’il a été correctement baptisé, et que le prêtre reconnait la validité du baptême,il peut donc être inhumé dans le cimetière paroissial.
4. S’il survit et que le curé estime, après avoir recueilli les témoignages de la sage-femme et des témoins présents, que le baptême ou l’ondoiement ont été correctement administrés en urgence, et qu’il est donc valide, l’enfant n’est pas re-baptisé (on ne peut être baptisé qu’une fois). Mais il est amené à l’église pour les cérémonies complémentaires du baptême, avec choix du prénom, avec la famille, le parrain et la marraine (autrement dit pour « suppléer aux cérémonies du baptême »).
5. Si le curé estime que baptême ou ondoiement n’ont pas été corrects, c’est à dire si la sage-femme ou les baptisants, ou lui-même ont un « doute », il baptise alors l’enfant à l’église avec la formule, « Si tu n’es pas baptisé, je te baptise … », sous condition donc.
6. Si l’enfant est manifestement mort-né à l’accouchement, il ne peut être baptisé, car on ne baptise que les vivants. En conséquence, il ne peut pas être enterré dans le cimetière paroissial, réservé aux seuls baptisés.
3.2 Le baptême à tout prix ?
On voit donc l’importance majeure que revêt le baptême à cette époque : ce n’était pas seulement un « passeport » pour l’au-delà, la vie éternelle et le Paradis, c’était aussi une « carte d’identité » pour l’ici-bas, reliant l’enfant nouveau-né à la fois à sa famille biologique (père et mère) en lui donnant le patronyme du père, et parallèlement à sa famille spirituelle (parrain et marraine) qui lui donnait son prénom lors du baptême, l’inscrivant sur le registre paroissial et lui ouvrant les portes de l’église, et de la société médiévale …
L’absence de baptême avait ainsi pour conséquence une véritable exclusion sociale, qui était évidemment fort mal vécue par les familles. C’est probablement ce qui a amené l’Eglise à permettre l’accès au baptême dans certaines circonstances et sous certaines conditions, en particulier en prenant en compte la notion de « péril imminent », et autorisant ondoiement et baptême sous condition.
C’était aussi une manière de lutter contre certaines pratiques comme celle qui consistait à ondoyer ou baptiser des enfants mort-nés avec la complicité des matrones (ce qui leur a été interdit plus tard avec le « serment »), ou celle des « chapelles à répit », dans lesquelles, pour qu’il ne soit pas privé de baptême, les parents déposaient leur enfant mort, et priaient la Vierge et les saints de lui redonner vie, le temps de le baptiser, ce qui était fait dès qu’on avait cru observer le moindre « signe de vie » (mouvement, bruit, écoulement …). Et comme on n’était pas totalement sûr que l’enfant ait donné un signe de vie, il était baptisé sous condition, avec la formule : « Si tu es vivant, alors je te baptise … ».
On voit bien qu’en ces temps, le baptême n’avait pas de prix, puisqu’il garantissait pour les parents le salut éternel de leur enfant … et le leur par ricochet …
« Trois enfants morts au ciel ont une telle puissance que le salut du père et de la mère est assuré », assurait un proverbe de l’époque.
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Pour en savoir plus, on peut lire cet article très documenté de Isabelle SEGUY et Michel SIGNOLI : « Quand la naissance côtoie la mort : pratiques funéraires et religion populaire en France au Moyen Age et à l’époque moderne » SIAP, Servei d’Investigations Arqueologiques i Prehistoriques, 16 pages, in Dialnet (https://dialnet.unirioja.es). Sur les sanctuaires à répit, voir « La mort et le salut spirituel du nouveau-né. Essai d’analyse et d’interprétation du « Sanctuaire à répit » (XVè-XIXè S.) », de Jacques Gélis, in Revue d’histoire Moderne et Contemporaine, Tome XXXI, Juillet-Septembre 1984, 31/3, pp 361-376.
jpb.2025.03.12
Retrouvez bientôt notre prochain épisode …
4. Des baptêmes pas ordinaires à Cheviré …
Ces préalables nous permettent de mieux comprendre, plus de trois cents ans plus tard, à la lecture des registres paroissiaux de Cheviré le Rouge, les conditions dans lesquelles était administré le baptême, et les situations quelquefois dramatiques auxquelles étaient confrontés les parents et les sages-femmes des campagnes, et notre tante Catherine en particulier, dans leur pratique quotidienne, qui peut nous sembler étrange, tant nous en sommes éloignés maintenant…
… Où l’on verra aussi que si les sages-femmes aidaient à donner la vie, elles croisaient souvent en chemin la mort …