LES PRENOMS

Quels sont les prénoms les plus donnés
chez les BEAUSSIER et les BASSET depuis 1500 ?

Sur les 2000 prénoms des BEAUSSIER recensés au 1 novembre 2020, on trouve, pour les filles : Marie (près d’une fille sur 5), puis Jeanne, Anne, Louise et Renée ; et pour les garçons : Louis et Jean (presque 1 sur 5 pour chacun aussi), puis Pierre, René et François.

Pour les BASSET, sur 300 prénoms, Marie et Jeanne sont en tête, mais suivent Perrine et Henriette, puis Renée et Anne ; pour les garçons, Jean et Pierre sont les plus fréquents, suivis de René, Michel et Henri.

Rien de bien original, donc, pour les trois premiers du moins, si on se réfère à la liste des prénoms les plus donnés en France depuis 1900… Sauf pour les deux suivants, avec Michel et Henri pour les BASSET, et Louis et François chez les BEAUSSIER.

Souvent, on suit la tradition de donner le prénom du père et/ou de la mère aux ainé(e)s, voire aux puiné(e)s qui naissent après le décès du titulaire. Quelquefois cela peut tourner à l’entêtement déraisonnable, voire tragique, comme en témoigne l’exemple de notre lointain ancêtre Urbain Beaussier.

Troisième fils de Jean Beaussier et Marie Grignon, il a trente ans quand il épouse Jeanne Lailler le 12 février 1726 au Vieil Baugé. Après 3 filles qui naissent sans problèmes, Jeanne donne – enfin ! – le jour à son premier fils le 16 janvier 1730. Ce sera bien sûr … Urbain-Pierre  … qui décède le 29 janvier. Rien de dramatique encore, ce sont des choses qui peuvent arriver … Mais vont suivre un second Urbain, garçon mort-né, le 29 avril 1732 … Puis un troisième Urbain, lui aussi mort-né le 6 juin 1733… Le quatrième, encore un garçon, qui nait vivant – ouf ! – le 29 juillet 1734 est évidemment prénommé Urbain … Las, il meurt le lendemain. Un cinquième Urbain naît le 14 août 1736, mais meurt le 15… Ce sera le dernier Urbain de la fratrie, car Jeanne (après huit grossesses rapprochées) va mourir à son tour, peu après, sans donner de successeur mâle à notre Urbain …

Jusqu’à la Révolution, le choix des prénoms est restreint, car c’est l’Église qui tient les registres de baptême qui tiennent lieu d’état-civil. Les parents ne peuvent pas choisir n’importe quel prénom, ils doivent se référer à des normes liées à la religion chrétienne. Le catéchisme du concile de Trente prescrit d’ailleurs d’imposer à l’enfant baptisé « un nom qui doit être celui de quelqu’un qui ait mérité, par excellence de sa piété et de sa fidélité pour Dieu, d’être mis au nombre des Saints ».

On utilise alors souvent le nom de baptême de la marraine pour la filleule ou celui du parrain pour le filleul, voire celui des grands-parents, tradition souvent conservée de nos jours.

On peut voir dans cette coutume une manière de montrer son attachement à la lignée familiale, mais quelquefois aussi à la région. Avec ce modèle, les prénoms disponibles sont limités et la diversité des prénoms très faible (et, on l’a vu, les Beaussier et Basset n’échappent pas à la règle, malgré quelques différences).

Cependant, la possibilité d’avoir plusieurs noms de baptême (bien qu’un seul soit un prénom d’usage) limite cette apparente monotonie. Le nom d’usage est alors souvent le dernier, les premiers reprenant celui du grand-père (ou de la grand-mère), puis du parrain (ou de la marraine), parfois du père ou de la mère, puis celui du saint ou de la sainte du jour ou d’un ancêtre dont on veut faire mémoire. Le nom de Marie est ajouté indifféremment pour les garçons et les filles, comme patronne. Enfin le choix des noms de baptême chez les protestants est souvent d’ajouter au sien un prénom biblique (Sarah, Salomon, Jacob, Rebecca, etc.), notamment chez les calvinistes.

Ce modèle de choix des prénoms peut persister encore aujourd’hui chez certains membres de l’aristocratie ou de la bourgeoisie, afin de montrer leur l’affiliation à un groupe d’appartenance.

Vers 1750, on commence à rajouter un second prénom, jusque vers 1850 où l’usage se généralise de donner trois prénoms, voire plus. C’est surtout autour de la Révolution que la gamme des prénoms va sortir de la tradition familiale, pour s’ouvrir sur l’actualité historique ou littéraire. Pas de Liberté ni d’Egalité ou de Napoléon, chez les Beaussier ou les Basset, mais des Alexandre, Hyacinthe, des Ulysse, des Adélaïde, des Eloïse, des Auguste et Augustine, et même un Auguste-Maximilien …  Plus tard, après 1850, c’est la mode des Eugène, Hortense, Julie, Mélanie, sans oublier bien sûr les nombreux Victor et Victorine, mais beaucoup font de la résistance et restent attachés aux traditions familiales.

On constate ainsi une tendance à l’individualisation dans le choix du prénom, et la dispersion des prénoms apparaît. On passe d’un modèle où le prénom est signe d’appartenance familiale, à un prénom support d’identité personnelle. Les parents cherchent à marquer la particularité du nouvel enfant qui devient le centre de la famille. La baisse de la mortalité infantile amorcée à la fin du XVIIIe siècle permet d’expliquer ce changement de la place de l’enfant dans la famille.

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