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Fermier en Haut-Anjou 16e-18e siècles  

Fermier

Attention, ce mot est un faux ami, car en aucun cas il ne s’agit d’un exploitant agricole. Le « fermier » est celui qui a pris à ferme le bail d’un bien foncier, c’est à dire à prix ferme, dans l’intention de le gérer en intermédiaire entre le propriétaire et l’exploitant direct. Le fermier en Haut-Anjou apparait quasiment toujours dans les registres paroissiaux comme « marchand », terme vague, qui décrit aussi bien les petits que les gros commerçants de fil ou autre marchandise, que les fermiers.

La gestion de biens fonciers est laissée à ferme à un marchand fermier par le propriétaire qui vit assez loin pour ne plus pouvoir avoir un oeil vigilant sur l’exploitant. En effet, le bail à moitié, qui sera le bail final avec l’exploitant, demande une surveillance lors des récoltes, afin que l’exploitant respecte le 50/50. Ce propriétaire est donc contraint à prendre sur place un gestionnaire de biens qui aura pour lui cet oeil vigilant sur place. Tous les notables qui souhaitent monter socialement, partent travailler et s’allier dans plus grande ville Angers, puis Tours (l’élection) ou Paris. On monte d’abord à Craon lorsqu’on est issu d’une paroisse relevant de la baronnie de Craon, ou à Pouancé pour la baronnie de Pouancé. Depuis qu’Henri IV a institué un présidial à Château-Gontier, on monte encore mieux là, puis plus haut on monte à Angers. De là, on va à Tours, puisque tout l’Anjou relève de l’élection de Tours, et qu’il y a là des offices plus importants, et enfin, et ceci n’est pas rare, on monte à Paris.

Un propriétaire est loin dès lors que son cheval ne fera pas l’aller et retour dans la journée. Un cheval parcourt 40 à 45 km/jour, soit 20 km aller + 20 km retour. Donc, un propriétaire est loin de ses biens lorsqu’il demeure à plus de 20 km d’eux. 

Bien sûr, celui qui prend à ferme la terre d’un propriétaire éloigné est toujours bien connu de lui voire un parent plus ou moins éloigné, car on ne délègue pas ainsi à n’importe qui la gestion de ses biens.  

Le bail à ferme fait toujours l’objet d’un contrat notarié. Pour le chercheur, les choses se compliquent, car le notaire qui rédige le bail est toujours proche du domicile du propriéaire et non du lieu des biens fonciers. En conséquence, lorsque l’on dépouille un notaire local, on ne voit pas ce bail à ferme. Mon expérience montre qu’il est le plus souvent à Angers. Et Angers réprésente des kilomètres linéaires d’archives notariales !  

Si le fermier meurt, son épouse reprend la gestion, car le plus souvent elle est associée au bail.

En conclusion, un fermier est l’ancêtre de notre intendant, gestionnaire de biens immobiliers, travaillant cependant dans des conditions juridiques et pratiques fort différentes.

Les exploitants agricoles

En Haut-Anjou, avant 1789, un exploitant agricole n’est jamais propriétaire de l’exploitation. Il est dénommé « métayer, closier, laboureur, journalier ».

Le terme « ‘bordier » est utilisé plus au sud de l’Anjou, vers la Loire, et en Poitou, pour désigner le cultivateur qui exploite une petite propriété rural de quelques hectares, soit comme propriétaire soit comme fermier. En Anjou, à la fin du Moyen-âge, le bordier est un laboureur qui possède 2 boeufs et exploite 6 à 10 hectares, cette propriété se nomme une borderie, et c’est la surface cultivable avec 2 boeufs.

Le plus riche est le métayer qui exploite une métairie, souvent à plusieurs ménages car elle est plus importante que la closerie ou borderie, et demande plus de bras. Le closier suit. Le laboureur est utilisé parfois pour l’un ou l’autre. Le journalier quant à lui n’a que ses bras pour se louer aux autres à la journée. En Haut-Anjou, l’exploitant direct n’est jamais dénommé « fermier ». Métayer, closier et laboureur prennent à bail de 5, 7 ou 9 ans une métairie ou une closerie. Il existe 2 formes de baux en Haut-Anjou, le bail à moitié et le bail à ferme, c’est à dire à prix ferme. Le bailleur est soit le propriétaire soit le fermier. Enfin, on prend aussi à ferme une maison pour l’habiter, et le terme évolue doucement vers « louage » au cours du 18e siècle, qui va donner notre terme « loyer ». Source :  le site (odile-halbert.com)

Au sommet de la hiérarchie sociale existe partout une minorité qui regroupe les individus les plus aisés. Ceux qui prennent à bail la gestion des seigneuries ne sont pas toujours dits fermiers généraux ; le qualificatif de marchand marque souvent leur supériorité. En Touraine, dans la région d’Amboise ils sont marchands fermiers ; dans la vallée de l’Indre ils sont marchands laboureurs fermiers ; en fin de période les fermiers généraux de Marmoutier ont droit au titre de sieur marchand fermier si le montant de leur bail dépasse 1 000 livres. En Anjou on parle plutôt de fermier général ; au début du siècle les notaires les appellent encore parfois « honorable homme ». Mais ils partagent ces qualificatifs avec les plus riches exploitants : les locataires des très grosses métairies appartenant à l’abbaye de Marmoutier sont, à la fin de l’Ancien Régime, des individus qui ont droit à une épithète, un avant-nom d’honneur : ils sont appelés « sieur laboureur », « marchand laboureur ». Ces mots sont parfois employés au féminin, mais seulement pour les plus riches : y- a-t-il intermariage ? Les mots de bêcheur, vigneron ou journalier sont toujours au masculin mais une veuve peut être dite « bonne fermière », métayère, ou encore fermière générale (sic). Le subdélégué de Château-Gontier salue même leur rôle : elles « sont autant laborieuses que les hommes sont fénéants », puisqu’ils passent l’hiver à ne rien faire si ce n’est manger des châtaignes et boire leur cidre.

Dans les écrits d’intérêt économique, les paysans sont dénommés selon leur situation juridique et économique dans les rapports de production et ils portent donc un qualificatif différent de celui, à valeur spéciale, qui leur est attribué dans des documents fiscaux : dans les premiers ils sont exploitants donc métayers, bordier ou closier, dans les seconds ils sont laboureurs, vigneron ou journaliers. Il existe bien deux niveaux de perception des réalités, deux registres de désignation des paysans. L’« estime sociale » s’attache surtout à ceux qui détiennent la richesse, ou ce qui apparaît ainsi dans ces régions, et tout paysan ne peut pas, le plus souvent, être appelé laboureur ou métayer. Cette enquête n’a pas été poursuivie au-delà de 1789 puisqu’à partir de cette date les paysans sont tous des « cultivateurs » mais elle n’est qu’une ébauche ; elle reste à approfondir et à étendre pour permettre une représentation cartographique de l’emploi des différents termes sociaux et professionnels qui servent à nommer les paysans.