Honneur et Patrie 2

« OMBRES PARMI LES OMBRES … »

Feuilleton historique  –  Angers/Seiches-sur-le-Loir – 1941/1944
(en 12 épisodes par jpb/nb le 10/05/2026, mis en pages et en images par fam)

Épisode 5 : Le verdict


Au cours de l’année 1942, trois grands procès ont été organisés par les autorités nazies pour juger les « terroristes communistes ».

Le premier, du 4 au 6 mars 1942, au Palais-Bourbon, dans sa Galerie des Fêtes, pour juger et condamner à mort les sept combattants des Bataillons de la Jeunesse de Gilbert Brustlein. Ils seront été fusillés le 9 mars 1942 dans la clairière du Mont-Valérien.
Le procès de la Maison de la Chimie, rue Saint Dominique, du 7 au 14 avril 1942 réunit une cour martiale pour juger vingt-sept résistants des Bataillons de la Jeunesse et de l’OS. Vingt-cinq seront condamnés à mort, 23 fusillés au fort du Mont-Valérien le 17 avril, et 2 femmes « graciées » dont la peine fut commuée en « déportation à vie ».

Le troisième procès, qui nous intéresse ici, se déroula à l’Hôtel Continental, 3 rue de Castiglione, à partir du 24 août 1942, siège du tribunal de la Kommandantur du Gross-Paris. Il jugea 33 personnes, pour la plupart membres du groupe de la Butte du Chapeau-Rouge et des Bataillons de la Jeunesse.

Pendant l’Occupation, les procès militaires allemands n’ont rien à voir avec la justice. Ce sont des mises en scène, des rituels de propagande. Leur but n’est pas de juger, mais de terroriser. Les accusés y entrent, leur culpabilité déjà scellée, face à des juges qui sont leurs bourreaux et des défenseurs qui sont leurs subordonnés.

Les 9 et 10 septembre 1942 est jugé le groupe de la Butte du Chapeau-Rouge.
La salle d’audience de l’Hôtel Continental est glaciale. Des officiers allemands en uniforme impeccable siègeant derrière une longue table font office de juges. Face à eux, sur les bancs des accusés, les membres du « groupe de la Butte du Chapeau-Rouge « . Leurs « avocats », des soldats allemands, qui sont en fait les assesseurs des juges, restent silencieux. L’acte d’accusation est lu en allemand, puis traduit sans nuance. « Aide à l’ennemi » … « Actions de franc-tireur » …  « Propagande communiste« … Les mots sont des sentences avant même le jugement.

Les visages des résistants sont marqués par près de dix mois de détention. Victor Beaussier est là, le regard droit. À ses côtés, Pierre Rebière, le cadre de l’OS. Plus loin, le jeune Robert Dean, qui vient d’avoir vingt ans.
Et les autres : Alfred Seguin, Louis Martin, Marcel Vigne, et aussi Louis Coulibeuf, dont l’imprudence a tout déclenché. Ils sont émaciés, leurs vêtements sont usés, mais une dignité farouche émane de ce groupe d’hommes que les longs mois de détention ont soudé.

Les réquisitions sont lues … Sans surprise ; « condamnation à la peine de mort » pour la plupart…

C’est alors que Pierre Rebière se lève. D’une voix forte qui résonne dans la salle, il s’adresse à la cour : « Je suis fier de mourir pour la France. Je vous demande d’être fusillé deux fois, dont une à la place de mon camarade Gréau, père de cinq enfants. »
Un silence stupéfait s’abat sur l’audience. Les juges sont décontenancés par cet acte de défi et de sacrifice ultime. Rebière vient de voler leur victoire aux bourreaux, transformant sa propre mort en un acte de résistance suprême.

Le tribunal délibère à peine. Dix-huit condamnations à mort sont prononcées, les autres peines consistant en des travaux forcés sur le territoire du Reich.

Sont condamnés à la peine de mort Pierre Rebière, Odette Fauveau et Louis Coulibeuf, de Paris ; Victor Beaussier, Robert Dean et sa mère Germaine, Désiré Legendre, Louis Martin, Alfred Seguin, Marcel Vigne, d’Angers ; André Bernardeau, Roger Guillot, Eugène Gréau, de Niort ; et Roger Guibert et Henri Vincent, de La Roche-sur-Yon.
Contre toute attente, Rebière a été entendu : la peine d’Eugène Gréau est commuée en travaux forcés. Odette Fauveau, la veuve de Georges, est également condamnée à mort, mais sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité. Elle est envoyée vers l’enfer des camps, comme Germaine Dean.

Le visage de Victor Beaussier se fige. Il n’y a ni peur ni colère, seulement une immense lassitude et une dignité résignée.
Les condamnés sont ramenés à la prison de la Santé. Le cliquetis des serrures qui se referment a une résonance définitive.
L’attente commence, une attente sans espoir où chaque heure les rapproche du poteau d’exécution.

Il ne reste plus que le dernier acte …

Note
Les lettres que Georges Rebière a pu faire parvenir à ses proches sont un témoignage exceptionnel de la réalité des conditions de leur détention à la prison de la Santé, où « c’est pire que tout ce qu’on a pu dire sur la Bastille » écrit-il.

Enchaîné mains et pieds pendant toute sa détention, comme ses compagnons, Rebière est contraint d’écrire avec les mains liées. La vie quotidienne en prison est une suite interminable de tortures raffinées, physiques et psychologiques. Les poignets et les chevilles entamés par le fer, ils ne peuvent dormir, sont contraints de ronger leur pain sans être détachés. L’horreur pousse les esprits fragiles à la folie ; on entend la nuit de longs hurlements, comme des bêtes … Beaucoup se suicident, ou essayent. Rebière voit avec horreur un jeune homme, les deux jambes et les deux bras cassés par les bourreaux, être traîné comme une loque. Toute infraction au règlement de la cellule, même minime, est punie de coups.
Leur idéal communiste reste une « boussole infaillible », un rempart pour garder leur dignité, leur lucidité. Dans l’attente de leur jugement, ils ont vu défiler dans leurs cellules nombre de leurs camarades, qui furent jugés et fusillés avant eux, en Mars et en Avril 1942.
Et Rebière se souvenant d’eux, célèbre les « choses sublimes qui prouvent la force de notre idéal », et le courage indescriptible de héros de tous âges allant à la mort… Il ne veut pas être un « pleutre » face à de tels exemples, comme Politzer, Pozzi et leurs douze compagnons, ou les jeunes Isidore Gumbert (19 ans) et Maurice Feld (17 ans et demi), qui avaient montré un « cran » et une « foi dans leur idéal » admirables.

Déterminé à ne pas « se laisser assassiner sans essayer » et subir « la politique du bœuf vers l’abattoir ». Rebière ne reste pas passif, ce n’est pas son style : c’est un meneur d’hommes. En Avril, il tente d’organiser leur évasion, avec des lames de scie qu’on lui avait envoyées dans un colis, cachées dans des plaques de chocolat … Dénoncé par un co-détenu, il est puni de cinq jours de cachot, mais il a « tenté sa chance » et pense déjà à de nouveaux plans, écrit-il …

Épisode 6 : Le Mur des Fusillés

L’attente
Dans les cellules du quartier des condamnés à mort de la prison de la Santé, le temps s’est arrêté. L’atmosphère est lourde, chargée de pensées inexprimées.

Le 1er octobre 1942, Georges Rebière comprend que leur dernière heure est imminente lorsqu’il voit l’adjudant-chef, leur tortionnaire, lui offrir une cigarette … un geste inhabituel chez lui … la dernière « cigarette du condamné ». Malgré ses chaînes et l’attente, il reste calme, certain que le Parti et le marxisme seraient un soutien pour ceux qui allaient prendre sa place sur la « Grande Barricade »

Certains, comme Victor Beaussier, écrivent une dernière lettre à leur famille, des mots d’amour et d’adieu tracés d’une main fébrile. D’autres restent prostrés sur leur paillasse. Il n’y a pas de cris, pas de plaintes. Seulement le silence et la dignité écrasante d’hommes qui se préparent à mourir.

Le 5 octobre 1942, en ce début d’après-midi, les portes des cellules s’ouvrent. Rebière vient d’écrire ses dernières lignes : « Et voici le dernier jour, nous sommes rassemblés pour le départ … ».
Victor Beaussier et ses seize compagnons sont extraits, les mains liées. Ils sont poussés dans des camions bâchés qui s’ébranlent dans un Paris familier. À travers les interstices de la toile, ils aperçoivent des scènes d’une vie quotidienne qui leur est désormais refusée. La ville ignore tout de ce convoi funèbre qui traverse ses artères vers un lieu dont personne ne revient.

Au stand de tir du Ministère de l’Armée de l’Air, à Balard. Créé en 1938 pour l’entraînement des policiers parisiens, il est réquisitionné par la Geheime Feld Polizei (GFP), et transformé en un site de torture et d’exécutions sommaires. Il fallut attendre la Libération pour découvrir toute l’horreur des pratiques qui s’y déroulaient : des poteaux d’exécution criblés de balles, dont l’un est presque sectionné, et un mur recouvert d’amiante qui portait des centaines de traces de mains.

Entre 12 h 35 et 16 h 46, un par un semble-t-il, ils sont placés dos aux poteaux. Un officier allemand lit la sentence d’une voix monocorde … Face au peloton, les résistants se tiennent droits. Certains crient « Vive la France ! ». D’autres entonnent une Marseillaise vite étouffée par le crépitement des armes.
En quelques secondes, tout est fini. Le silence retombe, lourd, seulement troublé par le bruit des corps qu’on jette dans des cercueils en bois brut.

Le site a été détruit en juin 1964 pour construire des logements.

 

Une plaque commémorant les noms des 143 fusillés (officiellement) au stand de tir est apposée à son emplacement exact, avenue de la Porte de Sèvres, dans le 15ème…

Ont été fusillés ce 5 octobre 1942

Victor Beaussier, d’Angers, est inhumé au carré des corps restitués aux familles dans le cimetière de l’Est, à Angers. Son nom est gravé sur la plaque commémorative du Ministère de la Défense, avenue de la Porte-de-Sèvres à Paris 15ème, en mémoire des cent-quarante-six fusillés au stand de tir du Ministère de l‘Armée de l’Air. Un boulevard d’Angers porte son nom.

André Bernardeau, de Niort, fut déclaré Mort pour la France, puis Interné Résistant en 1955. Son nom figure sur une plaque commémorative « A la Mémoire des cheminots morts pour la France », à la gare SNCF de Niort. Son corps repose au cimetière parisien d’Ivry (fosse 52).

Louis Coulibeuf, de Paris, est inhumé au carré des corps restitués aux familles dans le cimetière d’Ivry-sur-Seine. Son nom ne figure pas sur la plaque commémorative du Ministère de la Défense, avenue de la Porte-de-Sèvres à Paris 15ème.

Robert Dean, d’Angers, est inhumé au carré des corps restitués aux familles dans le cimetière de l’Est, à Angers. Il fut reconnu après la guerre par le Ministère des Anciens Combattants comme combattant des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), et la ville d’Angers donna son nom à une rue de la ville.

Roger Guibert, de La Roche-sur-Yon, a son nom sur le monument aux morts de La Roche-sur-Yon. Son nom est gravé sur la plaque du Ministère de la Défense, à Paris 15ème.

Désiré Legendre, d’Angers, est inhumé au carré des corps restitués dans le cimetière de l’Est, à Angers. Le titre d’Interné Résistant lui fut attribué. Son nom est gravé sur la plaque du Ministère de la Défense, à Paris 15ème.

Louis Martin, d’Angers, est inhumé au carré des corps restitués aux familles dans le cimetière de l’Est, à Angers. Après la guerre la municipalité d’Angers donna son nom à une rue de la ville.

Pierre Rebière, de Paris, fut homologué avec le grade de lieutenant-colonel des FTPF. En 1955, son nom est donné à une rue du 18ème arrondissement à Paris. Une plaque commémorative a été apposée au 59 rue Chardon Lagache (Paris, 16ème) où il vécut dans les années 1930.

Alfred Seguin, d’Angers, est passé par les armes à 16 h. Inhumé au carré des corps restitués aux familles au cimetière d’Ivry-sur-Seine. Son nom est gravé sur la plaque du Ministère de la Défense, à Paris 15ème. Une rue d’Angers porte son nom.

Marcel Vigne, d’Angers, est inhumé au carré des corps restitués aux familles dans le cimetière de l’Est, à Angers. Le Ministère des Anciens Combattants lui accorda la mention « Mort pour la France ». Une place d’Angers porte son nom.

Henri Vincent, de La Roche-sur-Yon, est inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine.

Fusillés le 5 octobre 1942, ils n’appartenaient pas au groupe de la Butte du Chapeau-Rouge :

Jean Bouchez (23 ans), de l’Aisne, courtier, résistant des réseaux Brutus, puis Lucas, Compagnon de la Libération. Arrêté le 13 mai 1942 à Paris alors qu’il était sur le point de rejoindre l’Angleterre, il fut jugé à l’hôtel Continental le 23 septembre 1942. Inhumé au cimetière de La Bouteille (Aisne), reconnu « Mort pour la France », il est titulaire de la Médaille de la Résistance.

Désiré Boyer (48 ans), de Seine-et-Marne, cultivateur et résistant FTPF, il a été arrêté le 15 août 1942, et jugé à l’hôtel Continental le 24 septembre 1942, il fut passé par les armes à 16 h 41. Son nom figure sur le monument aux morts de Verdelot.

Gaétan Charpentier (34 ans), d’Urcel (Aisne), typographe-linotypiste, résistant au sein du réseau Hector, il participa à la réalisation du journal clandestin « Le Gaulliste ». Arrêté le 9 juillet 1942, il fut jugé à l’hôtel Continental le 23 septembre 1942. Fusillé à 16 h 46, son nom est gravé sur la plaque commémorative du Ministère de la Défense à Paris 15ème. « Mort pour la France », il fut homologué DIR et membre des Forces Combattantes. La médaille de la Résistance lui a été décernée.

Ferdinand Drouin (33 ans), de Limoges, inspecteur d’assurances, résistant, agent du Service de Renseignements. Arrêté début Août 1942 à la gare de Laval, il fut jugé à l’hôtel Continental le 21 août 1942, et fusillé à 12 h 35. Il est inhumé dans le carré des corps restitués aux familles au cimetière d’Ivry-sur-Seine. Le Ministère des Anciens Combattants lui accorda la mention « Mort pour la France ». Il fut décoré à titre posthume de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre avec palme.

René Duffau (36 ans), de Bordeaux, ouvrier, militant communiste et résistant, fut arrêté à Angoulême le 13 décembre 1941 et condamné à mort à l’hôtel Continental le 9 septembre 1942, il a été fusillé à 16 h 31. Son nom est gravé sur la plaque du Ministère de la Défense, à Paris 15ème.

Ernest Laval (41 ans), tourneur sur métaux, militant communiste membre du Front National. Arrêté le 27 novembre 1941 à Paris, porteur d’un lot important de tracts de propagande clandestine, il fut jugé à l’hôtel Continental le 9 septembre 1942. Son nom figure sur le monument commémoratif de la place de l’Insurrection à Vanves. Une rue de la ville porte son nom.

Louis Lenoir (37 ans), maçon-plâtrier, résistant FTPF. Arrêté le 4 décembre 1941 et inculpé « d’espionnage et intelligence avec l’ennemi », il a été jugé à l’hôtel Continental le 26 septembre 1942. Son nom est gravé sur la plaque du Ministère de la Défense, à Paris 15ème. Son nom figure sur le monument aux morts de Villiers-sur-Marne ; une rue de la ville porte son nom.

Eugène Pérot (43 ans), ingénieur, parisien, résistant du réseau Jade-Fitzroy (MI6). Arrêté fin avril 1942, jugé le 23 septembre 1942 à l’Hôtel Continental, il fut passé par les armes à 16 h Membres du réseau R46. Déclaré « Mort pour la France », il est homologué au titre des Forces Françaises Combattantes, d’obédience gaulliste. Son nom est gravé sur la plaque du Ministère de la Défense, à Paris 15ème.

Membres du réseau de la Butte du Chapeau-Rouge, leur peine de mort fut commuée :

Germaine Dean, mère de Robert, d’Angers, partit de Fresnes, pour être déportée « Nacht und Nebel » le 26 octobre 1942, par le convoi I61 à la prison de Karlsruhe, puis Lubeck-Lauerhof, puis Cottbus, Ravensbrück et enfin Mauthausen (le 7 mars 1945), d’où elle fut libérée par la Croix-Rouge le 22 avril 1945.
Odette Fauveau, épouse de Gilbert Fauveau (mort à Paris le 18 décembre 1941) fut transférée par le même convoi I61 le 26 octobre 1942 à la prison de Karlsruhe, puis à celle de Lubeck-Lauerhof, et à Jauer. Envoyée au camp de concentration de Ravensbrück en janvier 1945, elle y fut gazée le 4 mars 1945.
Eugène Gréau, de Niort : condamné à mort, sa peine a été commuée en vingt ans de travaux forcés. Déporté « Nacht und Nebel » le 19 novembre 1942 par le convoi I64, vers le camp d’Hinzert, il fut transféré à la forteresse de Sonnenburg où il mourut le 20 décembre 1943. Une rue de Niort porte son nom. (Ancien coureur cycliste, il avait été 42ème au Tour de France de 1929)
Roger Guillot, de Niort, vit sa peine commuée en vingt ans de travaux forcés. Déporté « Nacht und Nebel » le 19 novembre 1942 par le même convoi I64, vers le camp d’Hinzert, il fut transféré à la forteresse de Sonnenburg où il mourut le 25 mai 1944.

À Seiches, la nouvelle finit par arriver, implacable … Victor a été fusillé. Pour Lucienne et ses parents, c’est un monde qui s’effondre. Le deuil est un abîme. Mais dans cette douleur, sa résolution et celle d’Auguste se durcissent comme de l’acier. Le sacrifice de Victor ne doit pas être vain. Chaque action, chaque risque pris, sera désormais un hommage à sa mémoire.

Le temps a passé.
Les mois deviennent des années.
Nous sommes au début de 1944.
Le souvenir des fusillés de Balard s’est estompé pour beaucoup, mais pas pour ceux qui continuent la lutte.

Le groupe « Honneur et Patrie » de Seiches, dirigé par le mécanicien Ernest Mottay, est plus actif que jamais. Lucienne et Auguste sont au cœur de ses opérations. L’espoir du Débarquement grandit.

Un chapitre de l’histoire de la Résistance en Anjou s’est refermé dans le sang.
Un autre, tout aussi tragique, est sur le point d’atteindre son point culminant.

Note – Que sont-ils devenus ?
Le commissaire Fernand David, qui se défendit devant la « commission d’épuration » en disant n’être qu’un « petit fonctionnaire » obéissant aux ordres, fut condamné à mort à la Libération, et exécuté au Fort de Chatillon à Fontenay-aux-Roses le 5 mai 1945.
Gilbert Brustlein, après son retour à Paris, en novembre 1944, continue à militer, distribuant l’Huma sur les marchés. Il sort de l’anonymat quand, au début des années 50, un reportage de l’Humanité-Dimanche évoque pour la première fois sa participation aux attentats de Barbès et de Nantes. Mais c’est pour être calomnié … on lui reproche d’avoir donné son groupe, d’avoir été retourné par la Gestapo, de ne pas s’être dénoncé, ce qui aurait épargné la vie des otages … Il déchire sa carte du PC en 1952. Il fait scandale le 20 octobre 1991, pendant la cérémonie de commémoration de la fusillade des otages à Nantes, devant 15 000 personnes, invectivant Georges Marchais … En 1994, il gagne un procès en diffamation contre un historien qui sous-entendait qu’il avait été un agent allemand. Il meurt le 25 février 2009 dans l’Aisne. Il n’a jamais reçu la Médaille de la Résistance. Un quartier et un lycée professionnel portent son nom à Mulhouse, et une salle du musée de Nantes est consacrée en partie à ses faits de résistant.

Pour mémoire
Georges Beaussier avait découvert l’existence de Victor Beaussier dans les années 1990 et il avait rédigé une note à son sujet dans son bulletin annuel de l’association des Beaussier.

[Georges Beaussier]

Episode 7 - Honneur et Patrie

Début 1944. Un vent d’espoir souffle sur la France occupée. De l’autre côté de la Manche, les Alliés prépareraient un débarquement. Pour les réseaux de la Résistance, l’heure est à l’intensification des actions. Mais cette montée en puissance s’accompagne d’un risque accru. La Gestapo et la Milice, sentant la fin approcher, redoublent de férocité. Chaque opération est une partie jouée avec la mort. A Angers … le réseau « Honneur et Patrie » est déjà engagé dans le combat. Victor Chatenay (né en 1886) participe à la première guerre mondiale et reçoit la Croix de Guerre. Il épouse en 1919 Barbara Stirling (née en 1891), ambulancière anglaise rencontrée pendant le conflit. Installé à Angers, il gère les établissements de commerce alimentaire Brisset. En juin-juillet 1940, résolument anti-communiste, il crée le premier mouvement de résistance angevin : « Honneur et Patrie », rattaché à l’Intelligence Service, centré sur le renseignement, le sabotage, la propagande, l’évasion. Il y engage toute sa famille … et ce n’est pas rien ! Qu’on en juge … Le 9 aout 1943, à Paris, Chatenay, accompagné de son jeune fils de 17 ans, échappe de justesse à un piège, mais son fils est arrêté, torturé, puis déporté à Buchenwald. Traqué par la Gestapo, Victor part pour Londres en septembre 1943, tandis que son réseau « Honneur et Patrie » rejoint le réseau Jade-Fitzroy qui travaille d’abord pour l’IS avant de rejoindre le BCRA de la France Libre. Le 4 janvier 1944, Barbara, l’épouse de Chatenay, est arrêtée à Paris (alors qu’elle cache sur elle le plan de la base sous-marine allemande de Saint-Nazaire, capital pour les Alliés), puis déportée à Ravensbrück. Leurs trois fils ainés rejoignent aussi la France Libre et participent au Débarquement comme parachutistes. Jacques sera tué en combat le 4 août 1944.
« Honneur et Patrie » a compté près de 300 membres, dont la moitié étaient angevins. Parmi eux, 107 furent arrêtés, 89 déportés et 47 tués. A Seiches-sur-le-Loir, Ernest MOTTAY (sur la photo, c’est le deuxième en partant de la gauche, entouré de son épouse et de ses enfants), a rejoint le réseau « Honneur et Patrie » dès novembre 1940 et développe peu à peu, localement, son propre groupe, sur le modèle familial promu par Victor Chatenay. Le réseau de Seiches rassemble une quinzaine de personnes. Nous en avons retrouvé quatorze. Outre Gilbert MOTTAY, son épouse Madeleine et son fils René, nous retrouvons Gilbert GAUTIER et son épouse Lucienne née BEAUSSIER (c’est, on s’en rappelle, la soeur de Victor), puis Victor GERNIGON et sa femme Madeleine, puis les frères Albert et Henri LAIR, André NAN, et la famille NEVEUX : Hubert et Charlotte sa femme et leur fille Simone. Il y a aussi un dénommé DUBREUIL, qui serait le responsable des parachutages, et sur lequel nous n’avons trouvé aucune indication. Tous sont des Seichois d’origine, sauf Nan et les Neveux, venus en 1939 de la région parisienne pour se réfugier à Seiches.
Seiches-sur-le-Loir A une vingtaine de kilomètres au nord-est d’Angers, Seiches est un gros bourg rural de 1500 habitants, environ, aux bords du Loir. L’activité économique principale est la tannerie avec les Tanneries Angevines, créées en 1854, qui vont véritablement prendre leur essor pendant la guerre de 14-18. Elles emploient alors près de 200 ouvriers. Ernest Mottay y travaille d’ailleurs comme mécanicien.

C’est au cœur du bourg, sur la place de la Mairie  (maintenant appelée Place Auguste Gautier), que se trouve « Chez Auguste », une auberge banale aux volets bleus.

Auguste Léon Gautier est né à Saint-Sylvain-d’Anjou le 1 octobre 1912, de parents cultivateurs. Il a épousé le 26 novembre 1934, à Seiches, Lucienne Victorine Angèle Beaussier, née le 27 mars 1914 à Angers, de parents cultivateurs aussi (Victor Henri Beaussier et Marie Julienne Morice) implantés à Seiches depuis trois générations. On se souvient que le frère ainé de Lucienne est Victor Henri, dont il a été question dans les épisodes précédents (le prénom Victor vient du grand-père, Charles Victor, né en 1849). Auguste et Lucienne ont eu au moins une fille, Ginette Lucienne Jeanne, née le 4 Avril 1935, à Seiches (elle est décédée à Angers le 26/06/2014). L’atmosphère est de plus en plus lourde à Seiches pour les membres du réseau « Honneur et Patrie ». Après quelques sabotages sur la voie ferrée traversant le bourg et aux alentours, le combat va vraiment commencer … c’est bientôt le débarquement, que Londres dit imminent. Mais ils savent bien que les policiers et la Gestapo sont décidés à mettre fin au réseau, méthodiquement, depuis les arrestations de la femme et du jeune fils de Chatenay, lui-même réfugié en Angleterre …

Arrestations et morts se sont multipliées à Angers
ces derniers mois…
mais à Seiches, tout semble encore tranquille …
pour le moment…

Ce samedi, 11 mars 1944, à treize heures trente, dans son grenier, Ernest Mottay est penché sur son poste de radio, l’oreille collée au haut-parleur qui grésille les « messages personnels » de la BBC. Soudain, il se redresse. « Barbara vous envoie ses amitiés » … C’est le même message qu’hier … « C’est pour ce soir, à Boudré … » murmure-t-il à sa femme. Mais il faut attendre la troisième diffusion, ce soir, à 21 heures 30, pour être sûrs que l’opération ne sera pas annulée. Le parachutage est capital. Ils vont enfin recevoir les armes promises, pour le maquis, en vue du débarquement.

Madeleine ne peut s’empêcher de frissonner « Soyez prudents … ». Machinalement, il hausse les épaules … « Jusque-là tout s’est toujours bien passé … chacun sait ce qu’il a à faire … j’ai confiance ! ». Elle hausse le ton « Oui mais là, c’est un gros risque ! ». Il lui sourit : « Tu sais, tout ça c’est pour en finir avec cette guerre … et je crois bien que la fin approche ! C’est peut-être la dernière fois … » Il ne croyait pas si bien dire …

Dans l’après-midi, après la traditionnelle partie de boules, à « la Jeanne d’Arc », avec Auguste Gautier et Victor Gernigon, Ernest leur confirme que l’avion devrait bien passer ce soir à l’hippodrome de Boudré, entre onze heures trente et minuit. Le pilote attend leur signal lumineux pour procéder au largage, et il faudra réceptionner et mettre en sécurité les containers.
Mais Victor a une mauvaise nouvelle … son camion est tombé en panne, hier soir … il manque une pièce qu’il attend … « en début d’après-midi ! ». C’est que son camion est indispensable pour le transport des hommes et des containers mesurant 1,50 mètre et pesant chacun une bonne centaine de kilos … L’hippodrome est loin de Seiches, et à dix bons kilomètres de la planque aménagée par Hubert Neveux, en pleine forêt.

« Comme prévu, à ce soir, chez moi … à dix heures ! A tout hasard, venez avec vos vélos, et passez la consigne … mais Victor … on compte sur toi ! … » lance Ernest en sortant.

A l’auberge, Auguste croise Lucienne qui va rejoindre Cäcilia, la jeune épouse de Victor qui s’est réfugiée dans la ferme de ses beaux-parents. Il lui confirme que c’est pour cette nuit. Elle lui sourit. « J’aurais tant aimé être avec vous ! ». Il la regarde … elle a tant changé ces derniers mois, il ne la reconnait plus… elle s’est durcie, et adoucie à la fois. Il la serre contre lui longtemps.

Le soir, dix heures, dans la maison des Mottay, un peu à l’écart du village. Les volets sont fermés et les rideaux tirés. Les visages sont graves sous l’éclairage tamisé de l’unique lampe à pétrole. Autour de la table, le cœur du groupe est réuni.

Ernest Mottay vient d’entendre à la BBC la troisième diffusion du message confirmant le parachutage pour ce soir. Il est là, avec son fils aîné, René ; sa femme, Madeleine, a sur les genoux leur dernier, Michel, que le bruit a réveillé. Il y a aussi les frères Albert et Henri Lair, solides et silencieux, le fidèle Auguste Gautier et André Nan, l’électricien. Ce sont des gens ordinaires unis par une camaraderie forgée dans le secret. Ils préparent à voix basse le prochain parachutage. Chacun sait ce qu’il a à faire. Ils se sont entrainés des dizaines de fois.

Mais c’est Victor Gernigon, le mécano, que tous attendent avec inquiétude … Il arrive bon dernier, et dépité … « il ne veut rien savoir, ce maudit moteur, » peste-t-il, les mains noires de cambouis. Leur déception est immense, mais leur détermination, intacte … il faut se décider vite … L’avion arrive dans une heure ! « Nous irons à vélo, » décide Mottay. « Il faudra enterrer les containers … On ne sera pas trop de six … Ce sera plus long … plus risqué … mais nous n’avons plus le choix. »

Cette décision les rend infiniment plus vulnérables. Transporter pelles, pioches et cordes à bicyclette, de nuit, est une folie. Mais reculer n’est pas une option. Personne ne fait objection, et les hommes se préparent pour le départ, graves et attentifs.

 Dehors … les chiens se sont tus maintenant … il fait très froid … la nuit est noire et silencieuse …                      

 Mais ce silence est trompeur. À quelques mètres de la maison, deux silhouettes noires s’approchent sans un bruit. Une dénonciation anonyme a fait son œuvre.
Le piège est en place, prêt à se refermer sur Ernest Mottay et son groupe au moment même où il s’apprête à jouer son va-tout.

[Dessins de Claudel, extraits de H-J Magog, « La Résistance, récit d’une épopée, 1945 » in « Atterrissages et parachutages clandestins en Maine et Loire pendant la guerre 1939-1945 et le rôle éclipsé des Anglais » par Raymond Delavigne.] (https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_bibliographique/12832.pdf)

8 - Le 11 mars 1944, vers 10 heures trente, dans la maison de Gilbert Mottay...

Souvent, la Gestapo frappait au moment le plus critique, lorsque les résistants croyaient toucher au but. En quelques minutes de violence, des vies de combat, des familles entières et des mois d’espoir pouvaient être réduits à néant.

Le soir du samedi 11 mars 1944 restera à jamais gravé dans la mémoire de Seiches-sur-le-Loir comme la nuit où tout a basculé.

Dans la maison de la famille Mottay, la tension est à son comble. Ernest Mottay, qui vient de recevoir par la BBC confirmation que le parachutage d’armes attendu aura bien lieu à l’hippodrome entre onze heures trente et minuit, donne ses dernières instructions à ses compagnons : Auguste Gautier, Victor Gernigon, les frères Albert et Henri Lair et André Nan. Son fils René est à ses côtés. Blotti sur les genoux de sa mère, Madeleine, son plus jeune fils, Michel, âgé de six ans, observe la scène. Il ne comprend pas tout, mais il sent la gravité du moment.                               Soudain, on entend la sonnette …                               Trois coups brefs espacés …                               Tous se figent. Laissons ici la parole à Michel, le plus jeune fils du couple Mottay (dont le témoignage est rapporté dans le « Courrier de l’Ouest » du 19 octobre 2024, à l’occasion de la remise à titre posthume de la Médaille de la ville de Seiches à Simone Neveux, sa belle-sœur et épouse de son frère ainé René Mottay, qui faisait partie du réseau Honneur et Patrie elle aussi, décédée quelques mois plus tôt) :

« Pour rendre hommage à Simone Mottay, je veux évoquer les évènements dont j’ai été témoin ici, à Seiches, il y a quatre-vingt ans. Elle avait vingt-et-un an. Mon père, Ernest Mottay, était membre du réseau de Résistance « Honneur et Patrie », il avait constitué à Seiches un groupe de résistants. Il avait reçu le 11 mars, par la radio anglaise, un message codé annonçant un parachutage d’armes pour le soir. Les camarades de mon père nous avaient rejoints : André Nan, Albert Lair, Auguste Gautier et Victor Gernigon. Le père de Simone, Hubert Neveux, faisait partie du groupe mais était absent ce soir-là. C’est lui qui avait trouvé une cachette pour entreposer les armes parachutées, qu’il devait transporter dans le camion de Victor Gernigon. Mais le camion était en panne ce jour-là. Il avait donc été décidé que les résistants se rendraient à vélo sur les lieux du parachutage. Dans la maison, mon père donnait les dernières consignes. La sonnette de la porte d’entrée a retenti, mon frère René se proposa d’aller ouvrir et mon père le suivit. Le visiteur s’annonça comme étant Dubreuil, le responsable des parachutages. René ouvrit. C’est alors que surgirent les agents de la Gestapo. Ils écartèrent René et mitraillèrent mon père qui s’effondra. Tard le soir, les policiers nazis chargèrent dans un camion les vivants et les morts. Moi, je fus conduit chez nos voisins. Le lendemain, toutes les personnes qui venaient prendre des nouvelles furent arrêtées. Tous furent emprisonnés à Angers. En 1946, Simone Neveux épousa mon frère René, tous les deux rescapés des camps de concentration nazis et porteurs de la mémoire de nos familles. Ils ont vécu une longue vie heureuse, au milieu de leurs cinq enfants. C’est à eux maintenant de transmettre la mémoire de leurs deux parents. »

Louis Maucourt (in « Seiches-sur-le-Loir en Anjou ») confirme ce récit.

On peut sans peine reconstituer les événements …

Il est dix heures et demie, et Gilbert Mottay se prépare à quitter la maison avec ses hommes quand on sonne à la porte. « Je vais ouvrir, » dit René, le fils aîné. Son père le suit et demande par précaution : « Qui va là ? ». Derrière la porte, une voix : « C’est Dubreuil, le responsable des parachutages. » Un nom attendu. Un soupir de soulagement parcourt la pièce. René tourne la clé. Et violemment, la porte vole en éclats … deux agents de la Gestapo en imperméable de cuir noir font irruption, les armes à la main. Ils hurlent « Les mains en l’air ! … Personne ne bouge ! … » pointant leurs armes sur eux. Pour le petit Michel, tout bascule dans un cauchemar de violence et de fureur. Un bruit assourdissant, comme un marteau-piqueur, emplit la petite pièce. Son père, Ernest, est projeté en arrière, comme disloqué. Auguste Gautier se précipite vers Madeleine Mottay, dans un dérisoire mouvement de protection … Un autre claquement sec. Michel voit Auguste ramper sur le sol, se traînant vers sa mère, Madeleine, avant de s’immobiliser à ses pieds. Il y a du sang partout. Le petit garçon terrorisé s’agrippe à la jupe de sa mère, le visage enfoui, tandis que l’odeur âcre de la poudre et les hurlements en allemand envahissent la maison. La fusillade n’a duré que quelques secondes, et à la stupeur succède la violence brutale. Les survivants, abasourdis, sont roués de coups, menottés sans ménagement. On charge les corps d’Ernest Mottay et d’Auguste Gautier dans un camion, à côté des survivants, hagards. Madeleine Mottay et son fils René, Victor Gernigon, les frères Lair et André Nan, tous sont embarqués à Angers pour être interrogés. Le petit Michel, en état de choc, est conduit chez des voisins.

Dans les jours qui suivent, à Seiches, la rafle se poursuit … Impitoyablement, tous les membres du réseau de Gilbert Mottay sont interpellés et arrêtés, l’un après l’autre : Lucienne Gautier, Madeleine Gernigon, Hubert Neveux, sa femme Charlotte et sa fille Simone. Ils sont amenées à Angers pour y être interrogés et emprisonnés à leur tour …

La Gestapo a été bien renseignée, mais l’histoire ne dit pas par qui a été dénoncé le réseau …

Cette nuit du 11 au 12 mars 1944, le réseau « Honneur et Patrie » de Seiches est démantelé.

On dit que le largage des armes a quand même eu lieu, à l’heure dite, à l’hippodrome du Boudré, une fenêtre éclairée dans le parc du château du Verger, dans l’alignement de la piste, ayant été interprétée par le pilote de l’avion comme le signal attendu … Ernest Mottay a été déclaré Mort pour la France. Son nom a été donné à une rue d’Angers le 30 mai 1958. Auguste Gautier a été déclaré Mort pour la France. Son nom est gravé sur le monument des fusillés de Belle-Beille à Angers. Une rue d’Angers porte son nom. Il fut homologué résistant FFC (Forces Françaises Combattantes) et DIR (Déportés et Internés de la Résistance). Hubert Neveux est mort sous la torture à la prison d’Angers le 31 mars 1944.
Le silence est retombé sur la maison dévastée. Les camions de la Gestapo se sont éloignés dans la nuit, emportant les morts et les vivants. Le groupe « HONNEUR ET PATRIE » de Seiches n’existe plus. Pour ceux qui ont été abattus ou morts torturés, la guerre est finie. Pour les survivants du réseau, le cauchemar continue … Un autre voyage commence … Un voyage vers les ténèbres … Un voyage vers les camps de la mort …

[JPB mai 2026]