Canada 2

AVENTURES AU CANADA

COLONISATION DU QUEBEC 1530 - 1760

1. L’ère des explorations et des établissements éphémères (XVIe siècle)

Jacques Cartier rencontre les indiens

Après Espagnols et Portugais au Sud, quelques hardis Français se lancent dans l’exploration de l’Amérique du Nord.
1534 : Le navigateur français Jacques Cartier s’aventure dans le golfe du Saint-Laurent. Cartier rencontre des nations autochtones et effectue trois voyages dans le golfe.
Pendant la seconde moitié du XVIe siècle se développe l’activité des « coureurs des bois » et des « trappeurs » pour la traite des fourrures avec la métropole.

 

2. Les fondations permanentes et la colonie-comptoir (début du XVIIe siècle)

1612 carte de Champlain

L’impulsion à la colonisation est donnée sous le règne d’Henri IV.
1600 : Le premier comptoir commercial est établi à Tadoussac, il sert à la pêche et à la traite des fourrures, mais personne n’y vit en permanence.
1608 : Fondation de la ville de Québec, permettant une implantation française permanente. La vallée du Saint-Laurent devient le cœur du développement colonial.
1617 : Louis Hébert s’installe définitivement à Québec avec sa famille, devenant le premier colon français à s’établir de façon permanente en Nouvelle-France.
Vers 1621 : Robert Giffard (voir plus loin), apothicaire du Perche, s’embarque pour Québec où il rejoint Samuel Champlain et s’installe comme chirurgien de marine.
1627 : Le Cardinal de Richelieu crée la Compagnie des Cent-Associés pour transformer le comptoir en une véritable colonie. C’est alors que la Coutume de Paris et le régime seigneurial sont introduits en Nouvelle-France.
1641-1665 : Les tensions avec les Iroquois dégénèrent en conflit armé, notamment à cause de la traite des fourrures (voir plus loin).

3. Le régime royal et l’arrivée des pionniers (milieu du XVIIe siècle)

1657 – 1661 : C’est à cette époque que nous avons reconstitué le parcours des Basset et des Le Beaussier. Nous vous racontons leur histoire un peu plus loin.
1663 : Le Conseil souverain de la Nouvelle-France est créé, prenant la relève des compagnies coloniales. La Nouvelle-France, désormais calquée sur la métropole, développe rapidement sa propre culture et son identité.
1664 – 1673 : Arrivée des « Filles du Roy » (huit cents jeunes femmes parties de France pour fonder un foyer et coloniser le territoire). La population double neuf ans après leur arrivée (6 700 âmes en 1672) et triple en 1682 (10 000 âmes).
1665 : La France envoie le Régiment de Carignan-Salières pour protéger les établissements français, notamment des attaques iroquoises et anglaises. De nombreux officiers et soldats de ce régiment restent au Canada et y font souche.

4. Apogée et déclin sous Louis XV (XVIIIe siècle)

Au début du XVIIIe siècle, la Nouvelle-France connaît une formidable expansion territoriale, s’étendant du Saint-Laurent aux Grands Lacs et jusqu’au bassin du Mississippi.
Vers 1750 : La Nouvelle-France, malgré son immensité (des Appalaches au Golfe du Mexique), est peuplée d’environ 70 000 colons français, tandis que les Treize Colonies anglaises comptent 1,5 million d’habitants…
1755-1763 : La Guerre de Sept Ans (en Europe et en Amérique) se termine par le traité de Paris le 10 février 1763 par lequel Louis XV donne à l’Angleterre l’intégralité du vaste territoire de la Nouvelle-France. Seule une partie de l’île de Saint-Pierre et Miquelon reste française. La France choisit de conserver ses îles lucratives des Antilles (la Guadeloupe et la Martinique), le Canada étant considéré comme « quelques arpents de neige » par certains, comme Voltaire. La Louisiane, à l’ouest du Mississippi, est cédée à l’Espagne.
C’est aussi durant cette période qu’a lieu la déportation des Acadiens, peuple francophone d’Amérique du Nord, appelée par ces derniers « le grand dérangement ». Elle prend place à la veille de la prise de possession par les Britanniques de la Nouvelle-France. Les Acadiens sont déportés par les Britanniques, leurs maisons et leurs fermes sont incendiées, les familles séparées. Cette déportation constitue une des premières opérations de nettoyage ethnique de grande envergure.

Deux capitaines de la marine royale, Louis Joseph de Beaussier de l’Isle et Louis André de Beaussier de Châteauvert, se sont illustrés contre la flotte anglaise durant cette guerre : Louis Joseph sert en 1756 et Louis André en 1758. Ces Beaussier sont issus de la branche provençale de leur patronyme, et sont honorés dans la toponymie canadienne.

En résumé, l’histoire de la Nouvelle-France pourrait être comparable à une course de relais, où les premiers explorateurs (Cartier) passent le flambeau aux fondateurs (Champlain, Giffard), puis aux administrateurs (Richelieu, Colbert) qui renforcent le peuplement (Filles du Roy, colons comme les Le Beaussier, engagés comme Basset), mais dont le destin est finalement décidé par la confrontation navale et terrestre entre la France et l’Angleterre, la couronne de Louis XV décidant, par pragmatisme économique, de laisser tomber le relais en 1763.

[JPB-nb Nov 2025]

Bénigne et Jean BASSET

Lorsque nous avons découvert cette information

nous avons tout d’abord compris que Michel Basset (que nous pensions dénommé « Paroissien », voir la rubrique « noms-dits ») avait été pris par les Iroquois.

Eh bien … l’histoire est toute autre … mais tout aussi intéressante.
Imaginez-vous à Québec le dimanche 29 juillet 1657…

A 10 heures ce matin-là, le vaisseau « Nantois » parti de Saint-Nazaire fin avril accoste à Québec en Nouvelle France. Les passagers parmi lesquels Monsieur de Maisonneuve (qui n’en est pas à son premier voyage, car il est cofondateur de Montréal et participant actif à son évangélisation) ainsi que 3 sulpiciens(*) et quelques autres voyageurs, dont Bénigne(**) BASSET débarquent. Leur voyage continue vers Montréal en barques, canots ou petits bateaux fluviaux car les rapides de Lachine rendaient la navigation impossible pour les grands bâtiments et toute la logistique coloniale passait d’abord par Québec.

Ces rapides furent pour des siècles une barrière au trafic fluvial jusqu’à ce que le canal de Lachine soit creusé au XIXe siècle. Ils obligeaient les voyageurs à les contourner par un portage de plusieurs kilomètres avant que les embarcations puissent être remises à l’eau. L’arrivée à Montréal peut donc se situer environ 10 jours plus tard, selon les vents, la navigation plus difficile dans le Saint-Laurent en raison des rapides et la nécessité d’attendre les pilotes locaux. [1611 -Carte de Champlain, Les rapides de Lachine]

Qui est Bénigne BASSET ?

Signature de Bénigne Basset

Il nait à Paris en 1628. Son père était « joueur de luth pour les Pages de la chambre du Roi »  Arrivé en Nouvelle-France en 1657 avec les Sulpiciens, Bénigne Basset devient leur « commis au bailliage », puis leur notaire seigneurial et greffier au tribunal. De 1663 à 1666, il fut aussi notaire royal. On lui doit 2.525 actes notariés, tous très bien conservés. Il semble cependant avoir été critiqué pour sa négligence !

B.Basset agit aussi comme arpenteur et, à ce titre, il traça le plan des premières rues de Montréal, sous les ordres de François Dollier de Casson, supérieur des Sulpiciens, en 1672. 

Il devient Bénigne BASSET dit DES LAURIERS. (voir « noms-dits »)

C’est à partir de son nom que nous avons pu décrypter correctement l’information trouvée ci-dessus. Il faut lire : Paroissien Michel – Bénigne Basset : Acte du 12-8-1659 Pris par les Iroquois en 1661 (ainsi que l’indique le prêtre sulpicien, professeur et historien Etienne Michel Faillon, auteur d’une « Histoire de la colonnie française en Canada» Tome III – page 24
                                            C’est donc Michel Paroissien qui fut pris par les Iroquois en 1661
Nos recherches ont permis de retrouver les origines de Michel Paroissien et OH SURPRISE ! Il est originaire de Saumur, Paroisse St-Pierre, où il était cordonnier… Divers documents d’archives et notariés nous ont permis de reconstituer son histoire :
Le 24 mars 1656, il signe un acte d’engagement devant Me Moreau Notaire à La Rochelle pour 3 ans à 50 Livres par an au service de Jacques Pépin à Québec en Nouvelle France.
Voir le contrat d’engagement ci-contre. Il part par le bateau La Fortune en 1656. 

En 1659 au bout des 3 ans, il quitte Québec pour Montréal et on le retrouve en 1660 domestique de Hugues Picard, par un contrat établi par Bénigne Basset (évidemment).
Il est capturé par les Iroquois le 25 février 1661 et le croyant perdu sans doute, B. Basset fait un inventaire de ses biens le 5 mai 1661 ! Michel Paroissien est libéré (ainsi que 18 autres otages grâce à la médiation d’un jésuite : Paul Le Moyne le 12 octobre 1661).

Des batailles sanglantes opposant les Iroquois et les colons/militaires français eurent lieu vers 1660. Les français voulant établir des comptoirs sur les terres des Iroquois. Voir le chapitre consacré aux Iroquois.

D’autres BASSET ont émigré vers le Canada. Certains d’entre eux ont fait souche.

JEAN BASSET parti au Canada à 17 ans

Il faisait partie des « engagés ». Son contrat d’engagement daté du 22 mars 1657 a été retrouvé sur le site des Archives de Charente Maritime. Il a été établi devant le Notaire Tabellion Royal Pierre Moreau. Jehan Basset était originaire de La Rochelle. (Cliquez sur le contrat)

  • Les engagés  sont des hommes et des femmes sans grandes ressources qui passaient un engagement avec un colon ou un marchand pour être à leur service quelques années (le plus souvent trois ans d’où leur surnom de trente-six mois) moyennant un salaire en argent ou en nature. Jean (Jehan) Basset dont il est question ici s’est « engagé » à La Rochelle en 1657 puis embarqué sur le navire « Les armes d’Amsterdam » pour être à l’âge de 18 ans domestique des Jésuites. Son voyage se retrouve ici où l’on apprend qu’il était payé 75 Livres par an.

POUR LA PETITE HISTOIRE….

Un Seigneur « de La Martinière » a vécu au Quebec en 1669

RAPPEL : ni Bénigne ni Jehan Basset dont nous parlons sur cette page ne sont nos ancêtres. Ou alors très lointains et nous n’avons pas retrouvé la filiation. Mais il nous a semblé que l’histoire de ces « lointains cousins » valait d’être racontée.

(*) Sulpicien : La Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, appelés aussi Sulpiciens, est une société de vie apostolique catholique fondée en 1645 à Paris par Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657). Ses membres sont appelés des Sulpiciens, menant une vie commune sans vœux. Les Sulpiciens étaient missionnaires et éducateurs en plus de former une partie du clergé (ce qu’ils font encore aujourd’hui) et d’exercer un ministère paroissial et d’autres fonctions pastorales.
(**) Bénigne : prénom mixte, qui fut surtout usité jusqu’en 1725 (Bossuet se prénommait Jacques Bénigne)

[Sources : Wikipédia, Chatgpt, et beaucoup d’autres… ] Toutes nos sources ont été vérifiées entre autres, l’horaire d’arrivée du Nantois est noté dans le Journal des Jésuites.

FAM 20/11/25

Jeanne et Françoise LE BEAUSSIER

Au cours de nos pérégrinations dans Geneanet, nous avons trouvé deux sœurs, Jeanne et Françoise le BEAUSSIER ou BEAUCIER, émigrées au Québec, vers 1658.

         Elles sont originaires de la Sarthe, et sans lien de parenté établie avec nos ancêtres de Cheviré le Rouge …

          Jeanne, née le 23 avril 1618, à Saint Georges du Rosay (Sarthe), dans l’ancienne province du Maine, à quelques kilomètres à l’ouest de la Ferté-Bernard, est la cinquième des sept enfants de Jean le Beaussier et Perrine Robin, tous deux de cette paroisse …

          Autour de 1640, Jeanne épouse à Saint Georges du Rosay François Boisseau, qui meurt vers 1655. On ne sait pas s’ils ont eu des enfants.

          Sa sœur cadette, Françoise, née le 20 mai 1621, épouse à son tour, vers 1638, à Saint Georges, Jacques METIVIER, cloutier de son métier. Leur fils, Mathurin, nait le 2 juin 1639, toujours à Saint Georges.

          On peut supposer que, tenté par l’aventure et Robert Giffard (voir plus loin), le cloutier Jacques Métivier décide de s’embarquer pour la Nouvelle France, avec son épouse Françoise et leur fils Mathurin. Jeanne, la grande soeur, veuve et sans enfants, les rejoint en 1658, l’année d’après Jean Basset …

          On retrouve leur trace le 14 octobre 1658 à Québec, à l’occasion du mariage, en secondes noces, de Jeanne avec Charles  PALENTIN, dit LAPOINTE, cordonnier, (et non cloutier !), originaire de Paris. Jeanne meurt une quinzaine d’années plus tard, et Charles se remarie à Québec le 25 février 1677 avec une fille de La Rochelle, Marie Bonin. On ne leur connait pas de descendants …

          Il en va autrement pour sa sœur Françoise, puisque son fils Mathurin épouse Louise Binet en 1678 à Québec, et on leur connait des descendants, Métivier, aux USA jusque dans les années 1950 …

          L’immigration au Québec de colons originaires du Perche, entre 1635 et 1660, est attribuée à l’aventureux Robert GIFFARD. Né dans l’Orne vers 1589, il est apothicaire à Tourouvre, près de Mortagne, où il doit bien s’ennuyer…  Vers 1621, il  s’embarque pour Québec, où il rejoint Samuel Champlain, et  s’y installe comme chirurgien de marine. Il vit dans une cabane au bord du Saint Laurent, et se prend de passion pour le pays, ses habitants, ses richesses et ses possibilités infinies de développement.  

          Rentré au pays natal en 1627, il se marie au printemps 1628, et repart vers la Nouvelle-France avec un équipement considérable en vue d’un essai de colonisation. Le navire à bord duquel il voyage est intercepté et il est capturé par des pirates à la solde des Anglais, les Kirke, qui ont envahi Québec…

         Robert Giffard doit revenir en France. Ce n’est qu’en 1633, après le traité de Saint-Germain-en-Laye qu’il peut mettre en œuvre son projet d’emmener de nouveaux colons en Nouvelle-France. Ayant obtenu la seigneurie de Beauport, il embarque à Dieppe le 14 avril 1634, sur le navire de Pierre de Nesle, et débarque à Québec le 4 juin … avec sa jeune femme (enceinte, elle accouche quelques semaines après), et une dizaine de courageux bûcherons et bâtisseurs, qu’il a recrutés pour l’accompagner. Il fonde avec eux la ville de Beauport.

          En 1635, il y a 130 colons à Québec, dont 35 sont originaires du Perche. Cette première colonisation aura précédé celle, plus connue, des « Filles du Roi », au nombre de sept cent soixante-dix, entre 1665 et 1675 …

          Au total, 328 émigrants percherons sont partis en Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles. 

          On trouve à plusieurs reprises le nom de Beaussier dans la toponymie du Canada (une région, un lac, une rue). Il s’agit de rendre hommage à deux capitaines de la marine royale qui se sont illustrés dans la conquête du Canada, contre la flotte anglaise pendant la guerre de Sept Ans : Louis Joseph de Beaussier de l’Isle, en 1756, et Louis André de Beaussier de Châteauvert, en 1758. Ces Beaussier sont issus de la branche provençale du patronyme.

(jpb 18 septembre 2025)

Les NOMS-DITS

                                             En Nouvelle-France, de très nombreux Français ont adopté un surnom, appelé « nom-dit »

Ce n’était pas un changement de nom légal : il s’agissait d’un ajout, souvent transmis aux descendants.
Les raisons principales :
1. Distinguer les familles portant le même nom
En Nouvelle-France, il y avait peu de patronymes… mais beaucoup de colons portant les mêmes noms :
Boucher, Gagnon, Lefebvre, Martin, Basset, Fortin, Tremblay, etc.
Le « nom-dit » permettait de distinguer deux hommes du même village ou du même régiment.
Exemple :
Bénigne Basset → dit Des Lauriers
Il se pouvait qu’un autre Basset soit présent à Montréal, d’où l’ajout.
2. Identifier l’origine géographique
Un grand nombre de noms-dits étaient dérivés :
– de la paroisse d’origine
– du village
– d’un surnom lié à une région
Exemples :
Bourguignon → dit La Bourgogne
Provençal → dit La Provence
3. Surnom militaire
Les soldats du régiment de Carignan-Salières, par exemple, portaient quasiment tous un nom-dit basé sur :
– leur région
– une qualité (Le Brave, Le Grand)
– un trait physique
– un surnom de caserne
Exemples célèbres :
Jean Nicolet → dit L’Hermite
Jean Guyon → dit Du Buisson
4. Métier ou rôle dans la communauté
– Laforest (bûcheron)
– Lecouturier (tailleur)
– Lacroix (lié au religieux)
– Lecavalier, Lemaître, etc.
Parfois même des surnoms ironiques ou affectueux…
5. Propriété, concession ou lieu de résidence en Nouvelle-France
Un colon ayant reçu une terre pouvait prendre le nom de cette terre.
Exemples :
Pierre Bouchard → dit Dorval
Pierre Tremblay → dit Picoté
Louis Hébert → dit La Chesnaye

Le cas de Bénigne Basset dit Des Lauriers
Son nom-dit Des Lauriers répond parfaitement aux critères de l’époque :
– Origine ou toponyme : il existe plusieurs lieux nommés « Les Lauriers » ou « La Laurière » en France (notamment autour du Bassin parisien).
– Différenciation familiale : distinguer des Basset installés aussi à Montréal ou Québec.
– Prénom très rare (Bénigne), mais patronyme courant → ajout du nom-dit pour éviter la confusion.
– Surnom honorifique (assez courant chez les notaires et officiers de justice).
– Ce nom-dit apparaît rapidement dans ses actes : Basset Des Lauriers, puis Deslauriers.

La transmission des « noms-dits »
Certains noms-dits deviennent les noms officiels au fil des générations.
D’autres coexistent : un acte pourra utiliser Basset, un autre Deslauriers.
D’autres encore disparaissent après une ou deux générations.

👉  Beaucoup de descendants de colons s’appellent aujourd’hui Deslauriers alors que l’ancêtre s’appelait Basset.

Les transformations de ce genre sont TRÈS fréquentes.

                                     Quelques exemples de noms-dits :

Les Iroquois XVIIème siècle

Au coeur d'une Nouvelle-France en Guerre

1. Contexte d’un Conflit Annoncé : La Nouvelle-France avant 1661

La colonie était bien plus qu’une simple implantation sur un territoire immense ; elle était une zone de friction où se heurtaient les ambitions commerciales des puissances européennes et la résistance des puissantes nations autochtones, dont la Confédération iroquoise.
1.1. L’Armement des Iroquois et la Rupture de l’Équilibre
L’équilibre précaire des forces dans la région fut brutalement rompu lorsque les nations iroquoises, rivales commerciales des alliés autochtones des Français, commencèrent à obtenir en grand nombre des armes à feu de leurs partenaires hollandais de Fort Orange (actuelle Albany). Ce réarmement unilatéral leur conféra une supériorité militaire écrasante. En contraste, les autorités françaises refusaient de faire de même, limitant la distribution de mousquets à « quelques convertis », liant ainsi l’accès à la technologie militaire à une politique d’assimilation religieuse. L’hostilité iroquoise, déjà ancienne, devint plus agressive et organisée. L’incident de 1641, au cours duquel des émissaires du gouverneur Montmagny furent accueillis avec mépris et hostilité, est considéré par les historiens comme le véritable début d’un « quart de siècle d’hostilités ».
1.2. Une Guerre de Harcèlement et de Terreur
Dans les années 1650, la guerre menée par les Iroquois prit la forme d’une « guérilla à peu près permanente », une stratégie de harcèlement visant à paralyser la colonie. Plus qu’une simple guerre de territoire, il s’agissait d’une véritable « guerre psychologique » instaurant un climat de peur constant. La chute de la Huronie en 1649, alliée majeure des Français, priva la colonie d’un partenaire commercial et d’un rempart stratégique. La destruction du fort Richelieu en 1647 laissa la principale voie d’invasion iroquoise grande ouverte. Les Iroquois contrôlaient désormais les voies d’accès à la colonie, rendant chaque déplacement, chaque travail aux champs, une entreprise mortellement périlleuse.

2. L’année 1661 (enlèvement de Michel Paroissien le 25 février par les Iroquois)

L’année 1661 représente un point culminant de la vulnérabilité de la Nouvelle-France. La colonie, exsangue et terrorisée, semblait sur le point de succomber. La capture d’un individu n’était donc pas un événement isolé, mais le symptôme d’une crise sécuritaire profonde qui menaçait la survie même du projet français en Amérique. Chaque colon enlevé était un rappel brutal de l’impuissance des autorités coloniales.
2.1. Un territoire sous Siège
Au moment de la capture de Michel Paroissien, les défenses françaises étaient quasi inexistantes. La garnison permanente pour toute la colonie était qualifiée de « squelettique », ne comptant qu’une cinquantaine d’hommes. L’année précédente, en 1660, l’expédition désastreuse de Dollard des Ormeaux au Long-Sault avait illustré le désespoir des colons. Les tentatives de riposte, comme la création d’un « camp volant » – une force mobile de soldats et de volontaires – s’avéraient dérisoires face à l’ampleur de la menace. La mentalité d’état de siège était telle que même les moulins à vent étaient fortifiés, transformant chaque bâtiment en un potentiel refuge. Cette impuissance systémique garantissait que le destin de tout colon capturé, comme Michel Paroissien, se jouerait loin du Saint-Laurent, au cœur même du territoire iroquois.

3. La captivité

3.1. Entre la Vie et la Mort
Pour les colons français, la capture par les Iroquois était une perspective terrifiante, souvent synonyme d’une mort atroce. La culture iroquoise de la guerre, qui intégrait des rituels de torture et d’adoption, était incompréhensible et barbare aux yeux des Européens. Le contexte historique et les nombreux témoignages de l’époque permettent de reconstituer l’éventail des destins qui attendaient un prisonnier.
3.2. Le Sort des Prisonniers
La perception française du sort des captifs était dominée par l’horreur. Les chroniques de l’époque, notamment les Relations des Jésuites, sont remplies de récits qui faisaient frémir « les âmes françaises, même bien trempées ». Le scalp, les « supplices à petit feu » et ce qui était décrit comme une « orgie de tortures » étaient les destins les plus redoutés. Le martyre du Père Isaac Jogues, missionnaire jésuite capturé une première fois puis tué lors d’une seconde mission en 1646, était un exemple tristement célèbre qui hantait l’imaginaire collectif. Sa mort était devenue le symbole du sort funeste que la colonie entière craignait de subir.
3.3. L’Exceptionnelle Libération
Dans ce contexte, le fait que Michel Paroissien ait été relâché après quelques mois de captivité est remarquable. Ce dénouement heureux, qui contrastait avec le destin tragique de tant d’autres, suggère que la réalité était plus complexe que ne le laissait paraître la seule propagande de guerre.  Son retour (grâce aux jésuites) implique que des dynamiques autres que la seule violence étaient à l’œuvre. Tous les prisonniers ne subissaient pas le sort le plus funeste.

Charlotte BEAUSSIER, au Québec depuis 15 ans, nous écrit ...

Bonjour à toutes et tous,

Voici une petite carte postale qui retrace quinze ans de vie passée sur l’autre rive de l’Atlantique, pile en face de Montalivet. Depuis 2010, nous avons posé nos valises à Montréal, Tiohtià:ke, comme l’appellent les Mohawks, « là où les fleuves se rencontrent ». On venait pour six mois, puis un an, et cela fait finalement quinze ans.

Je ne suis pas la première de la famille à avoir posé mes bottes ici, et doucement ce coin de monde est devenu notre point d’ancrage, un espace où les saisons façonnent la vie, où les gens tissent des liens serrés, où l’on apprend à vivre autrement, ensemble, si loin et si proches en même temps de nos racines. Quinze ans de froid, de surprises, de projets improbables, d’allers-retours entre ici et là-bas, de recommencements, de douceur inattendue et d’adaptation constante…

Tout commence au mois de mars 2010, dans un froid qui n’a rien d’une carte postale. On débarque sur le tarmac juste avant une tempête de neige de quatre jours. Dans un froid compact, un froid qui te demande : « T’es-tu sûre d’vouloir rester ? » À 26 ans, c’est notre toute première fois en Amérique du Nord. Tout nous semble immense, et on traîne nos valises dans la neige épaisse. Le Québec accueille alors les jeunes Français·es très facilement, un petit Eldorado pour notre génération, vaste territoire de possibles. Avec une bourse post-diplôme en poche, on voit dans ce séjour plus qu’une chance, une porte grande ouverte sur une expérience bilingue pleine de perspectives.

Depuis l’appartement, on passe les quatre premiers jours à observer le ballet des ratracks sous nos fenêtres et les gens pelleter entrées, autos et balcons sans relâche. Ici, pelleter est un sport national entre décembre et mars. La première année ressemble à une initiation joyeuse, enivrante, placée sous le signe de la découverte. Apprendre à marcher dans la slush sans perdre sa dignité, tipper correctement le monde, s’intéresser à l’histoire et à la politique pour ne pas passer pour des maudits Français, comprendre une langue qu’on croyait connaître. Découvrir que les saisons ne sont pas un décor mais une manière d’être au monde, l’hiver te forge, le printemps t’encourage, l’été t’enivre, l’automne t’apprend à profiter du doux.

Les ami·es affluent d’un peu partout, Français·es et autres Européen·nes fraîchement débarqué·es, Québécois·es pure laine, étudiant·es curieux·ses, colocs de passage, gens rencontrés au hasard d’un concert. On vibre au rythme des randos entre ami·es, des festivals d’été, de la musique, des soirées dans les parcs. On vit dehors, beaucoup hiver comme été, goûtant aux éléments, au temps des sucres, aux bières de microbrasseries, à ce franglais si particulier et à cette culture cousine riche de ses nuances.

Puis vient le moment de s’établir. Après les colocs festives et les escapades au Québec et en Ontario, on s’installe, un appartement pour deux, un nid lumineux, une vie professionnelle qui s’organise et se densifie. On travaille beaucoup, on rit autant, on s’assagit un peu et on se projette ici. Nos familles, françaises et québécoises, se réunissent un jour de grand soleil dans les Cantons de l’Est, pour un mariage champêtre où les accents se mélangent. Un moment suspendu où deux continents se rencontrent.

Je lance une petite entreprise de mitaines sérigraphiées à la main, Pierre-Étienne poursuit son chemin chez les Têtes à Claques. Les amitiés, elles, se cristallisent, certain·es expat·es et Québécois·es deviennent une famille de cœur avec qui on traverse le plus doux comme le plus difficile, l’absence de nos parents, les hivers interminables, le mal du pays quand la neige tombe encore au mois de mai.

En septembre 2017, sous une lumière dorée et une canicule automnale, notre petite Nina arrive. La parentalité débarque sans mode d’emploi, mais ici on a un an de congé pour se rencontrer, s’ajuster et reprendre son souffle avant le retour au travail. La vie s’accélère, avec des métiers exigeants : les arts vivants pour moi, les jeux vidéos pour Pierre-Étienne. Le quotidien est bien huilé, dense, joyeux, mais sans répit parental il s’apparente parfois à un numéro de jonglage ou d’équilibriste… Les saisons défilent, parcs bondés l’été, feuilles flamboyantes l’automne, neige épaisse l’hiver, printemps timide qui tarde à pointer son nez. Les hivers sont moins froids qu’à notre arrivée, mais toujours aussi interminables, surtout quand le temps se fige le temps d’une pandémie.

Ici, plus encore qu’en France, tout se referme, les espaces, les rencontres, la possibilité de voir nos proches. Le système de santé s’effondre encore un peu plus. La maison devient refuge et chaos à la fois. Nina grandit dans cet entre-deux, entourée de parents aux casquettes multiples. Vive le télétravail…

En janvier 2021, Félix arrive au milieu d’une vague dont on ne sait plus très bien le numéro. Avec deux enfants, le quotidien prend une vitesse nouvelle. Les marées hautes et basses s’enchaînent, tout comme les départs de nos ami·es qui traversent la Grande Flaque pour retrouver le vieux continent.

L’école québécoise entre dans notre vie par la porte de Nina, qui ramène à la maison un accent que nous n’aurions jamais pu inventer :
« Maman, j’peux-tu ôter mon coton-ouaté ? »
« Y’est don’ ben tannant, luiiiii ! »
« Les maths, c’est plate ! »
Bref, aucun doute, on est au Québec icitte.

Félix suit, rieur et énergique. Nos deux flo·es s’ancrent ici naturellement. Nous, on flotte encore parfois entre deux rives, les familles en France, la nôtre ici, les ami·es ici et là-bas, deux continents, deux façons d’être au monde. On aimerait être plus proches des nôtres, offrir davantage de présence à celleux resté·es de l’autre côté de l’océan. Et pourtant, on voit les enfants s’épanouir ici, dans leurs amitiés, leurs jeux de ruelles, la gentillesse ambiante, le hockey-bottine, les parties de tag. La vie continue de suivre le rythme des saisons, les érables en feu à l’automne, l’été tropical quand la boucane des feux de forêt ne vient pas obscurcir le ciel, le -30 qui saisit. Malgré un monde qui change vite, et pas toujours pour le mieux, une chose demeure ici  : vivre ensemble rime avec bienveillance. La devise officielle de la Belle Province est « Je me souviens », mais elle pourrait tout aussi bien être « Pas d’chicanes dans ma cabane ».

Montréal conserve ce charme paradoxal, une grande ville qui se vit comme un village, une architecture bizarroïde qui mélange les époques comme un collage joyeusement foutraque, et surtout autant d’écureuils qu’il y a de pigeons en France. Même si une véritable crise du logement sévit, selon les versions depuis l’arrivée massive des GAFAM ou de l’invasion des (trop) nombreux Français, on s’y sent bien, en sécurité. On profite du plus grand réseau de pistes cyclables d’Amérique du Nord, des berges du Saint-Laurent, de la « Montagne », ce Mont Royal qui veille sur la ville du haut de ses 233 mètres.

Depuis notre arrivée, on a croisé 3 ours bruns, 38 rorquals communs, 5 baleines bleues, 4 baleines à bosse, 26 bélugas, 3 castors et 18 marmottes. On s’est fait piquer 67 890 fois par des maringouins, croisé 4 dindes sauvages en ville, 14 ratons-laveurs, 6 coyotes, 2 loups et 24 pics-bois, mais PAS UN SEUL CARIBOU. On finirait par croire que c’est une invention pour attirer les touristes.

Que ce soit au Saguenay, au Lac Saint-Jean, à Tadoussac ou à Saint-Élie-de-Caxton, on rencontre surtout des bipèdes à chemises carreautées, sympathiques, courtois, accueillants, presque toujours bienveillants et chaleureux.

Si le cœur vous en dit, si vous passez dans le coin, faites-nous signe, on sera ravi·es de vous montrer un bout de notre quartier, de notre ville, et de notre pays. Pensez à mettre un bon chandail sur vos camisoles, des bobettes chaudes, et attachez bien votre tuque avant de vous en venir… Je vous écris ces lignes par un bon -25 ressenti, et l’hiver ne fait que commencer.

Affectueusement.

Charlotte Beaussier, depuis le pays du frette !

NINA SNOW ANGEL
NINA SNOW ANGEL
MONTREAL SOUS LA NEIGE DE DECEMBRE
FELIX SOUS LES ARBRES

Lexique québécois 

Bobette : Sous-vêtement, petite culotte, caleçon.
Boucane : fumée.
Camisole : Débardeur.
Caribou : Cervidé emblématique du Québec, QU’ON NE VOIT JAMAIS
Chandail : Pull, vêtement chaud porté sur une camisole.
Chicane : Dispute, brouille,
Coton ouaté:: Chandail en molleton
Flo, flo·e, flos : Enfant, marmot…À NE SURTOUT PAS CONFONDRE AVEC GOSSE (qui veut dire tout autre chose icitte)
Frette : Froid très froid, à tendance glacial arctique ou polaire au choix
Maudit·e Français·e : Expression utilisée avec plus ou moins de bienveillance pour désigner les Français·es fraîchement arrivé·es ou qui savent tout le temps tout mieux que tout le monde.
Maringouin : moustique.
Ratrack : Machine utilisée pour mettre la neige par-dessus la neige avant que la neige ne recouvre la neige
Slush : Mélange de neige fondante, de pluie,de jus de trottoir et autres substances urbaines enfouies sous la neige
Tag : Jeu de poursuite.
Temps des sucres : Période de récolte et de dégustation du sirop d’érable, moments festifs du printemps. Correspond à notre résurrection saisonnière…
Tuque : Bonnet

4 réflexions sur “Canada 2”

  • Sophie BEAUSSIER

    Un grand bravo pour ce travail passionnant sur les Beaussier et Basset au Canada. Et très touchée par la belle histoire de ma Charlotte de Montréal. Merci pour tout cet investissement.

  • de FOURNAS Catherine

    Formidable ! Bien sûr j’ai commencé égoïstement par le magnifique récit de Charlotte, tellement bien écrit !!!
    Bravo pour l’auteur du début des lignes sur Victor et son frère : j attends la suite avec une grande impatience.
    En bref, un grand merci pour tout ce travail et ce temps passés consacrés à la mémoire et aux origines de notre famille….
    C’est tellement facile de dire : continuez !
    Merci, merci et encore bravo. Baisers a tous

  • ALAIN GAULTIER

    Félicitations, quel travail ! toujours aussi intéressant et riche en informations. J’ai appris plein de choses, et ce passage plus contemporain nous a rappelé un séjour au Québec.
    Amicalement

  • Marieclaude Beaussier

    Je ne veux pas terminer 25 sans m’associer aux précédents commentaires élogieux que je partage amplement.
    Félicitations pour le travail de recherches et d’écriture .
    Quelle bonne idée d’avoir associé Charlotte …et merci Charlotte d’avoir pris du temps pour nous apporter ton témoignage.

    Ce qui me semble incroyable, c’est de retrouver des beaussier et des basset au Canada. ……

    Pour répondre à Françoise et Jean Paul, j’aimerais bien lire un peu quelque chose sur l’histoire de la Martiniere. La maison de la fratrie Basset ,dont notre grand mère, mère de Georges, Jeanne et Paul Beaussier,fait partie . Je m’imagine que jean Basset ,le dernier occupant de la martinière ,a peu être des souvenirs qu’il pourrait partager avec nous . Il me semble aussi que Françoise a fait beaucoup de travail sur ce sujet …
    Ceci reste un souhait … pour 26 .
    En attendant, merci infiniment aux auteurs et heureuse année à tous .

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