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Tonton Paul dans le Médoc (1944 – 1945)

TONTON PAUL DANS LE MEDOC (1944 - 1945)
 

LA LIBERATION DE LA POINTE DE GRAVE

 

Sur la fiche militaire de Tonton Paul on lit : « Engagé volontaire pour la durée de la guerre le 17/01/1945 et p/c du 23/08/1944 au titre du 7ème RIC avec le grade de Capitaine, grade acquis dans les F.F.I. Promu dans l’Arme de la Cavalerie Sous-Lieutenant de Réserve, rang du 01/06/1943, Lieutenant de Réserve rang du 01/06/1944, Capitaine de Réserve rang du 01/06/1945, décret du 26/05/1945. Démobilisé à Versailles le (date inconnue) »

 Où est donc Tonton Paul, le 23 août 1944 ?

Nous l’avons retrouvé dans le Médoc, comme Capitaine, dans les effectifs du Groupe de Résistance « Charly-Médoc » (Mouvement O.C.M. Bordeaux et Médoc), constitué le 01/01/1943 par Charles Cominetti (qui sera nommé commandant militaire du Médoc le 12 Juillet 1944).

 

Le « Livre du Front du Médoc », (Fonds Calmette aux Archives Départementales de la Gironde, Centre Jean Moulin à Bordeaux), pages 32 et 33, revient sur le parcours de l’autoproclamé lieutenant-colonel François-Charles Cominetti. Cet homme est, pour le moins, un drôle de loustic …  Ancien apiculteur et directeur du Théâtre l’Alhambra de Bordeaux, il sera condamné à quinze ans de travaux forcés en 1948, pour avoir livré à la Gestapo bordelaise une dizaine de pilotes alliés en août 1944, pour 500 000 francs … (faits découverts après la guerre) … Mais c’est une autre histoire …

En tout cas Tonton Paul ne s’y éternise guère, et quelques jours après son arrivée dans le Médoc, il figure dans l’Etat-Major du Bataillon Franc « Penthésilée », participant à la Brigade Carnot, dès sa constitution entre le 5 et le 8 septembre 1944, sous le commandement du chef de bataillon Chodzko : « le capitaine Beaussier assumait les fonctions de major, avec le lieutenant Laflaquière, comme officier d’approvisionnement ». (« Livre du front du Médoc », page 195)

Ce bataillon, va prendre position sur le Front du Médoc dès le 17 septembre 1944.

Le bataillon Penthésilée devient le 1er bataillon du 7ème RIC le 21 décembre 1944.

Le 1 avril 1945, le 7ème RIC devient le 38ème RI. Le commandant Chodzko quitte cette formation avec une de ses compagnies et commande le Régiment Mixte Marocains et Etrangers (RMME) créé le 25 mars 1945.

Le RMME comprend 3 bataillons : le 1er de volontaires étrangers, le 2ème marocain et le 3ème mixte, composition maintenue pour l’attaque générale du 14 au 20 avril 1945. (cf. page 196)

L’historique des opérations de la Pointe de Grave du 3ème Bataillon Mixte Etrangers (BME), du 14 au 21 avril 1945, y est fidèlement relaté, pages 200 à 203.

Et lire ces pages nous ramène sur ses pas, de Vendays à Montalivet, puis, via l’Amélie, à Soulac et au Verdon, dans ces endroits où nous l’avons retrouvé bien des années après, sans bien nous douter de la réalité de ce qu’il y avait vécu, en 1945 …

 … « 14 avril 1945 – Le bataillon après avoir reçu ses vivres américaines pour deux jours fait mouvement à 10 heures du matin sur ses emplacements de départ selon l’itinéraire : « Deycart – Brun et les cuisines – Prolongement de l’autostrade – Autostrade pare-feu n°16 », où le bataillon arrive à 14h30.

Mise en place du bataillon terminée à 15 h 15 dans le dispositif suivant : 1ère compagnie à cheval sur l’autostrade devant coller à 300 mètres derrière le Bataillon Marocain au cours de l’attaque vers Montalivet devant avoir lieu 15 h 35 (H+9) ; 2ème compagnie sur la plage devant progresser derrière le Bataillon Marocain à 300 m. ; P.C. du Bataillon : Bloc sur la plage à hauteur du pare-feu n°16.

L’attaque est déclenchée, les Marocains à gauche du dispositif par les dunes et la plage. Par contre la compagnie Marocaine est stoppée presque au départ sur l’autostrade : le lieutenant Ofmann est tué. Le Lieutenant Humblot suivant instructions du capitaine Beaussier passe devant la compagnie Marocaine et fonce en avant. Le lieutenant Labayle est grièvement blessé : le lieutenant Barreau, volontaire prend le commandement de sa section : tout va très bien et les éléments avancés arrivent à hauteur du pare-feu n°5.

Mais vers 19 h 50 les Allemands contre-attaquent vigoureusement et obligent la compagnie de gauche du Bataillon Marocain à se replier sur le pare-feu n°9. A droite, les Marocains se replient aussi.

Nous n’avons plus de nouvelles de la première compagnie qui se trouve à 21 heures en flèche au centre du dispositif. Nous aurons de ses nouvelles dans la matinée du 15-4 après avoir assuré les liaisons très difficiles au milieu des mines. Elle reçoit l’ordre de se replier sur sa base de départ (pare-feu n°9). A 22 heures, le dispositif est le même que celui adopté au départ. (17 blessés)  

15 avril 1945 – Le dispositif du régiment change : le bataillon mixte étranger prend la tête devant les Marocains et la 1ère Cie à cheval sur l’autostrade (pare-feu n°9). La 2ème Cie reçoit l’ordre d’expédier vers Montalivet une patrouille de reconnaissance. Elle fait onze prisonniers au cours de l’opération.

16 avril 1945 – N’ayant pas trouvé de grande résistance, on donne l’ordre au BME de foncer et de s’emparer de Montalivet pour la 2ème Cie et de la route de Montalivet au Pont de la Brède pour la 1ère Cie.

La 2ème Cie s’empare de Montalivet à 9 h 15 (ouvrages ennemi Sud et Nord de la ville). Le lieutenant Godin des Marocains est chargé d’assurer la liaison avec la 1ère Cie sur la route de Montalivet – Pont de la Brède. A 11 heures, la 1ère Cie rejoint Montalivet et regroupement du bataillon est effectué. Les hommes touchent le ravitaillement à 12 heures.

Départ de Montalivet à 15 heures pour atteindre en un premier bond Y60. (Trois blessés au cours de l’opération du matin.) Le bataillon est axé moitié sur la plage (2ème Cie et 1ère section 1ère Cie) et moitié sur l’autostrade (1ère Cie). Il atteint successivement Y 60 – Y 58 – Y 56 – Y 54 et atteint vers 19 heures 7 115 où la 2ème Cie fait 58 prisonniers.

Le bataillon s’installe selon les ordres défensivement dans les ouvrages de 7 115.

17 avril 1945 – Le bataillon reçoit l’ordre de prendre le contact et de s’emparer de l’Amélie.

Départ à 12 h 30. Dispositif : la 1ère Cie sur l’autostrade largement espacée, éléments légers en tête. La 2ème Cie sur la plage largement disséminée, éléments légers en tête. A 14 heures, les éléments de tête prennent le contact avec les éléments ennemis se trouvant à 7 34 (bloc Sud de l’Amélie) après résistance les éléments se rendent (15 prisonniers).

Les deux compagnies sont alors prises sous un feu violent de mortier et de 77 venant d’Y 22. A 15 h 15, le bloc Sud de l’Amélie est pris sous un violent feu d’artillerie venant de Y 22 ; trois morts. Devant le tir précis des 77 d’Y 22, la 2ème Cie sur la plage est obligée de se replier dans les dunes. Le décrochage est facilité grâce aux armes automatiques de la 1ère Cie qui aveuglent Y 22 pendant toute la manœuvre. (pertes : 1 mort ; 5 blessés).

Vers 19 heures, le bataillon reçoit des ordres pour revenir à 1 km Sud de l’Amélie et de s’installer défensivement. Le mouvement s’effectue à 19 h 30 en présence et sur les ordres renouvelés oralement du capitaine de la Baumelle.

Vers 19 h 05 alors que les éléments de queue du bataillon se repliaient à environ 800 m, Sud de l’Amélie vers Y 115, le 75 de Y 22 nous prend à partie et tire 20 coups encadrant l’autostrade sur 200 m de profondeur (pertes : 2 morts et 8 blessés).

Une partie du bataillon se replie dans un blockhaus 2 km Sud de l’Amélie, l’autre partie revient à Y 115 (celle-ci après avoir ravitaillé repart vers 22 heures sur l’autostrade à environ 1,500 km au Nord de Y 115 et cantonne sur l’autostrade).

18 avril 1945 – Réception à 6 heures, au P.C. du bataillon sur l’autostrade ordre d’opération n° 9. Le capitaine Brun se rend à la réunion des chefs de bataillon à Y 115.

Préparation au départ : 8 heures – réception de l’ordre d’opération n° 20 complétant l’ordre d’opération n° 9. (L’heure H est reportée à midi). Le dispositif du régiment est le suivant : Sur la plage : BMM en 1er échelon. Bataillon basque en 2ème échelon. Sur l’autostrade : commando Oliveau – Adam et Bat. Brun en 1er échelon ; bataillon espagnol en 2ème échelon.

13 heures : départ de l’attaque du bloc 2 km Sud de l’Amélie, section du lieutenant Barreau en tête avec le commando : arrivée à l’Amélie vers 15 heures. Le commando essaye de faire la liaison à droite sur la route menant à le Couslau. L’incendie de forêt empêche de faire cette liaison. Les éléments de tête font 51 prisonniers.

16 h 40 :  l’ordre de progresser vers le fossé anti-char est donné : il faut s’emparer d’Y 22 (le commando envoie un détachement, progresse et passe la ligne de défense à Soulac).

17 heures : une section de chars arrive par la route de Le Couslau à l’Amélie : mission nous aider dans notre progression. Nous sommes stoppés environ 45‘ par un barrage de mines anti-char mais les chars passent quand même (il reste sur le terrain) et nous rentrons dans Soulac vers 18 h 15.

Opérations de nettoyage. Le bataillon est regroupé dans la partie Nord de Soulac entre la plage et les premières villas. La liaison est faite à gauche avec les Marocains qui progressent vers la plage. Des éléments de la 2ème Cie s’emparent de quelques nids de résistance dans les ouvrages situés au Nord de Soulac. La 1ère Cie fait 41 prisonniers dans le nettoyage de Soulac.

21 heures : le bataillon doit s’installer défensivement dans les ouvrages situés au Nord de Soulac. (2ème Cie dans les blockhaus, 1ère Cie dans les villas qui restent sur le bord de la plage).

19 avril 1945 – Le bataillon espagnol s’empare de Y 33 (les Arros avec l’aide des chars manoeuvrant en débordement sur la droite.

Vers 18heures le bataillon reçoit l’ordre de se préparer pour aller occuper Y 33. En portant les ordres de départ  à la 1ère Cie le capitaine Brun apprend que cette compagnie est partie il y a environ 2 heures vers le Nord de Soulac.

Le commandant Chodzko et la capitaine Beaussier interrogés affirment qu’ils n’ont donné aucun ordre pour cette opération, pour la 1ère Cie. Envoi d’agents de liaison qui n’ont pu trouver trace de cette compagnie. La 2ème Cie cantonne sur place pour la nuit, le Bataillon ayant reçu contre-ordre pour le départ.

20 avril 1945 – 8 heures : la 2ème Cie reçoit l’ordre d’envoyer deux sections à Y 22 pour relever les Basques pour une cérémonie.

8 h 30 : la 3ème section de la 2ème Cie est au PC du commandant Chodzko pour prendre la garde.

9 h 30 : le lieutenant Humblot, commandant la 1ère Cie descend à Soulac pour donner la position et la situation de sa Cie. D’après lui, la 1ère Cie a reçu verbalement des ordres du lieutenant-colonel Reverdy qui lui a donné ordre de partir immédiatement en avant.

Le lieutenant Humblot croyant que le chef de Corps et le chef de Bataillon étaient avertis a rassemblé sa Cie le 19/04/1945 vers 16 heures et est parti d’abord sur Y 33 puis Y 12. La 2ème Cie reste cantonnée à Soulac. Dans l’après-midi, la 1ère Cie poursuit son avance et se trouve vers 16 heures entre la maison de l’Ingénieur et la maison de Grave. Y 156 tient toujours et doit être bombardé par l’aviation ; aussi la 1ère Cie reçoit l’ordre d’évacuer les positions et de se replier sur le P.O. à Soulac.

21 avril 1945 – Le feu a cessé dans la nuit du 20 au 21 avril. Les derniers éléments de la Pointe de Grave ont été réduits dans la soirée du 20 avril. »

ET AVANT ?

Une question demeure : nous ne savons pas comment et pourquoi Tonton Paul, capitaine FFI, se retrouve le 23 août 1944 à Bordeaux (qui sera libérée le 28), au moment où convergent depuis quelques semaines sur Bordeaux tous les FFI et maquisards venant du grand Sud-Ouest ? Etait-il déjà avec Chodzko, qui, lui, arrivait de Dordogne, et l’a-t-il suivi dans la libération de la Pointe de Grave ?

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